Stratégie américaine en Afrique : les risques et contradictions du light footprint

L’IRSEM vient de mettre en ligne l’étude que j’ai dirigée sur la stratégie des Etats-Unis en Afrique, qui peut être téléchargée ici.

(pour des articles plus récents sur les Etats-Unis et l’Afrique, voir ici sur ce blog, ainsi que cette vidéo extrait de l’émission RFI – Appels sur l’actualité pour un résumé en 3 mn).

US SPMAGTF CR AF in Monrovia Liberia Operation United Assistance Oct9 2014 AFRICOM imgCette étude présente une analyse de la stratégie américaine en Afrique et de ses priorités, en particulier la lutte contre le terrorisme. À partir de contributions d’universitaires, experts et opérationnels français et américains, elle analyse les acteurs, processus et modalités de la présence militaire américaine en Afrique. Elle s’intéresse en particulier aux caractéristiques et aux coûts de l’approche indirecte privilégiée par les États-Unis. Le continent africain constitue en effet le laboratoire d’un aspect déterminant de la réorientation stratégique engagée par le président Barack Obama à travers le concept d’empreinte légère (light footprint). Plus récemment, il a même été érigé en modèle de la lutte contre-terroriste et source d’inspiration pour d’autres régions, notamment le Moyen-Orient. Enfin, la coopération franco-américaine resserrée et inédite dans certaines régions africaines justifie également que l’on étudie la stratégie américaine en Afrique, son évolution récente, sa mise en œuvre et le bilan que l’on peut en tirer.

Les dogmes de la stratégie américaine en Afrique, sont constants depuis le début des années 2000, voire les années 1990 :

  • l’Afrique n’est pas une priorité stratégique ;
  • l’empreinte au sol doit rester minimale (d’où le rôle des forces spéciales) ;
  • pas d’engagement direct pour les militaires américains, ou alors secret ;
  • leadership en retrait et intervention par partenaire interposé ;
  • même dans ce dernier cas, les États-Unis ne doivent pas apparaître comme un cobelligérant ;
  • sur le long terme, le mot d’ordre est « solutions africaines aux problèmes africains ».

Les priorités américaines sont logiquement la protection des personnels et intérêts américains sur place, puis par ordre décroissant en termes régionaux, l’Est de l’Afrique, suivi par le Nord et le Sahel, enfin le reste du continent et les littoraux.

Les principales conclusions de l’étude illustrent les risques du light footprint, en particulier celui de traiter les symptômes et non les causes en privilégiant l’efficacité à court terme contre les objectifs à long terme, alors même que l’analyse de la menace s’est considérablement affinée du côté des militaires américains où l’on a beaucoup appris des expériences d’Irak et d’Afghanistan. L’une des problématiques essentielles de cette étude réside dans le dilemme, qui n’est pas propre aux États-Unis d’ailleurs, entre les intérêts à court terme de la lutte contre-terroriste et les intérêts à long terme – soit la résolution des causes du terrorisme.

Plusieurs articles s’intéressent aux réactions africaines à la politique américaine : à partir d’études de cas (Kenya, Éthiopie, Ouganda, Djibouti notamment), ces analyses mettent en évidence les « coûts cachés » du choix de combattre par procuration, en particulier le risque d’instrumentalisation par des pouvoirs locaux aux agendas différents, et la possibilité de conséquences négatives, voire contre-productives, à long terme. Ils illustrent également, dans certains cas, le chemin parcouru en quelques années par certains chefs d’Etat en Afrique, de la réticence à collaborer avec les États-Unis à l’enthousiasme, voire à la volonté d’une collaboration plus étroite encore. Enfin, l’étude explore à travers plusieurs exemples un autre aspect du light footprint, l’approche par les partenariats, ouvrant des pistes encore inexploitées de collaborations possibles.

Je présente à la suite ma propre contribution à l’étude, qui présente une vue d’ensemble de la stratégie poursuivie par les Etats-Unis de Barack Obama en Afrique et s’interroge sur les risques et les contradictions de l’approche américaine (une version plus courte de cet article a été publiée par la Revue Défense Nationale ici). Elle s’intéresse également à la coopération franco-américaine en Afrique et ses évolutions récentes.

ROTC Cadets particpate in US Army Cadet Command Culture and Language Program US Army Africa photo

La stratégie américaine en Afrique : les risques et contradictions du « light footprint »

L’Afrique n’a jamais figuré, et ne figure toujours pas au premier rang des priorités stratégiques des États-Unis. Pour autant, son importance a été revue à la hausse par Washington et elle occupe désormais une place particulière en tant que laboratoire de la nouvelle stratégie d’empreinte légère, emblématique d’une approche ou doctrine Obama en politique étrangère. En témoigne la visibilité accrue des références à des régions et pays africains dans plusieurs discours récents du président Obama sur la politique étrangère, en mai 2014 à Wespoint[1], ou encore en septembre 2014 dans son allocution annonçant la nouvelle stratégie américaine vis-à-vis de l’Etat Islamique, où Obama citait en référence la stratégie mise en œuvre depuis plusieurs années en Somalie et au Yémen[2]. Il y a donc bien une montée en puissance de la présence de l’Afrique dans les intérêts américains liée à une évaluation en hausse de la menace terroriste venue du continent. Par ailleurs, si l’on s’intéresse à l’évolution du contre-terrorisme américain, l’étude de la stratégie américaine en Afrique est essentielle car le continent constitue le terrain privilégié d’application de la réorientation stratégique américaine engagée par Obama (même si, on le verra, les continuités existent avec la politique de son prédécesseur) : l’Afrique est le laboratoire de la nouvelle approche dite d’empreinte légère (light footprint) et de leadership en retrait définie dans le document stratégique du Pentagone de janvier 2012 par « des approches innovantes et à faible coût »[3]. Elles reposent en particulier sur l’usage des drones, des forces spéciales et autres modalités discrètes d’intervention, l’importance de la surveillance, enfin l’appui sur les partenariats – toutes choses symptomatiques d’une approche ou même « doctrine » Obama en matière d’interventions américaines et présentées en détail dans la suite de cet article.

Une meilleure connaissance de la stratégie américaine en Afrique est par ailleurs cruciale en raison de la collaboration franco-américaine resserrée et inédite dans la région sahélo-saharienne. À cet égard, 2014 a été une année de transition pour un partenariat renouvelé depuis le début de la décennie 2010, confirmé par de nouvelles sommes allouées par Washington (10 millions de dollars supplémentaires en août 2014[4]) et une présence américaine aux côtés des Français dans plusieurs installations et bases militaires de la zone[5].

Enfin, l’étude de la stratégie américaine en Afrique semble d’autant plus s’imposer à la suite du discours de politique étrangère de Barack Obama à l’Académie militaire de Westpoint en mai 2014 : le président américain y faisait en effet référence à un « modèle africain »[6] pour le contre-terrorisme, également évoqué dans le cadre de la lutte contre les terroristes du groupe « Etat Islamique » en Irak et en Syrie[7].

L’Afrique dans les priorités et intérêts américains

En 2013, AFRICOM, le commandement militaire américain pour l’Afrique, dernier-né des commandements régionaux opérationnels[8], a mené en Afrique 55 opérations, 10 exercices et 481 « activités de coopération dans le domaine sécuritaire », déclarait au Congrès en mars 2014 le général Rodriguez, commandant d’AFRICOM, commandement militaire américain pour l’Afrique[9]. Qu’est-ce qui guide l’action des militaires américains en Afrique ? À court terme, le contre-terrorisme et la lutte contre Al-Qaïda, l’enjeu étant de bien distinguer les menaces aux intérêts américains et les menaces aux alliés des États-Unis, distinction qui détermine la hiérarchie des priorités. À long terme, la mission d’AFRICOM est de former les armées locales à répondre aux crises et aux menaces transnationales.

En termes de priorités, la première, renforcée depuis 2012, reste la protection des personnels et intérêts américains sur place. Pour le reste, l’ordre des priorités demeure relativement constant en termes régionaux depuis quelques années (même s’il y a une estimation générale de la menace terroriste en hausse pour l’Afrique[10]) :

  • Première priorité, l’Afrique de l’Est : Somalie, lutte contre la piraterie dans l’océan indien et le golfe d’Aden.
  • Deuxième priorité, l’Afrique du Nord et de l’Ouest, avec un intérêt renouvelé en raison de l’évolution récente liée aux conséquences des révolutions en Libye, Tunisie, Égypte, accentuée début 2013 par les événements au Mali (déclencheurs de l’intervention française – opération Serval) et en Algérie (attentat d’In Amenas) : lutte contre les filiales et adhérents d’Al-Qaïda, dont AQMI, Ansar Al Sharia, al-Morabitun (Moktar Belmoktar), mais aussi inquiétude croissante sur des liens avec Boko Haram au Nigeria. On notera la liaison (nouvelle) dans les documents stratégiques américains de l’Afrique du Nord et de l’Afrique sub-saharienne, preuve d’une vision renouvelée qui intègre le Sahara pour ce qu’il est, une zone poreuse cruciale d’échanges de toutes sortes, et non une frontière.
  • Viennent enfin parmi les autres priorités : la stabilité du Golfe de Guinée et du littoral du Nigeria et du Sénégal, et la lutte contre la LRA en Ouganda.

Il faut également rappeler que l’action des militaires américains en Afrique est guidée (bornée) par un certain nombre de dogmes, constants depuis le début des années 2000, voire les années 1990 :

  • l’Afrique n’est pas une priorité stratégique ;
  • l’empreinte au sol doit rester minimale (d’où le rôle des forces spéciales[11]) ;
  • pas d’engagement direct pour les militaires américains, ou alors secret ;
  • leadership en retrait et intervention par partenaire interposé ;
  • même dans ce dernier cas, les États-Unis ne doivent pas apparaître comme un cobelligérant ;
  • sur le long terme, le mot d’ordre est « solutions africaines aux problèmes africains ».

Enfin, si l’accent sur la dimension militaire de la politique africaine des États-Unis est indéniablement renforcé depuis quelques années, on rappellera cependant que plus des trois-quarts de l’aide bilatérale américaine à l’Afrique vont à des programmes de santé, en particulier de lutte contre le sida, mis en place par George W. Bush. Pour autant, les pays qui reçoivent plus d’un demi-milliard de dollars par an (Éthiopie, Nigeria, Kenya, Afrique du Sud) sont aussi les principaux points d’appui (anchor countries) de la stratégie américaine en Afrique, partenaires-clés dans le contre-terrorisme et alliés de longue date des États-Unis.

Problématique et questionnements de l’étude

Au-delà de ces priorités régionales et objectifs de court terme, Washington cherche aussi à concilier la défense des intérêts stratégiques américains avec la volonté de promouvoir la démocratie et plus précisément la gouvernance – éléments-clés à la fois de la stratégie pour l’Afrique subsaharienne, publiée tardivement dans le premier mandat Obama, en juin 2012[12] et de la stratégie contre-terroriste américaine[13]. Ces éléments découlent directement de l’analyse américaine de la menace et de la manière d’y faire face[14].

L’interrogation sous-jacente, et déterminante, est de savoir comment protéger les intérêts stratégiques américains sur le continent sans imposer une présence militaire préjudiciable sur le long terme, voire contradictoire avec les objectifs poursuivis[15]. En réalité, il y a un dilemme entre les intérêts à court terme de la lutte contre-terroriste et les intérêts à long terme, soit la résolution des causes du terrorisme : problématique qui est aussi celle du présent article et de l’ensemble de cette étude[16].

787th Air Expeditionary Squadron US Air Force C130J aircraft Dakar Senegal Nov11 2014 AFRICOM img

Vision américaine de l’Afrique

De la fin de la guerre froide à la guerre contre le terrorisme

L’Afrique subsaharienne est la seule région du monde à avoir échappé jusqu’en 1960 au quadrillage mondial des commandements militaires régionaux américains. Pour autant, et contrairement à ce que pourraient faire croire certains articles contemporains, l’intérêt américain pour l’Afrique n’est pas inédit dans l’histoire. Comme en témoigne le chant des Marines américains, sur « les rives de Tripoli », les premières interventions militaires américaines ont eu lieu, au début du 19e siècle, au large de l’Afrique et la Navy doit même son existence à ces corsaires d’Afrique du Nord. Plus près de nous, pendant la guerre froide, l’Afrique deviendra un temps le terrain d’affrontement indirect entre les deux blocs après les décolonisations, avant de perdre son intérêt stratégique pour les Américains, en particulier après l’expérience traumatisante de Mogadiscio en octobre 1993[17]. Ainsi, en 1995, un document stratégique officiel du Pentagone déclare les intérêts stratégiques américains en Afrique « inexistants[18] ». Pendant cette décennie 1990, l’intérêt pour l’Afrique est surtout porté par le Congrès et les ONG qui agissent à travers lui pour faire pression sur les élus américains. Avec l’aide du Black Caucus, le groupe des élus afro-américains, ces pressions conduisent au vote de la loi économique AGOA sous Clinton[19]. Via la Coalition chrétienne au Congrès, elles entraînent également les États-Unis dans un rôle actif vis-à-vis du Sud-Soudan par exemple[20].

Le tournant vient en 1998, avec les deux attentats simultanés contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie[21]. Ce tournant est évidemment confirmé après les attentats du 11 septembre 2001. Dans la stratégie nationale de sécurité publiée par l’administration Bush en 2002, l’Afrique devient l’un des fronts de la « guerre globale contre la terreur ». Cette importance stratégique nouvelle de l’Afrique est entérinée en 2007 par la décision de créer un nouveau commandement militaire pour l’Afrique, AFRICOM (jusque là, le commandement européen EUCOM était en charge des engagements militaires américains en Afrique)[22]. Le commandement d’AFRICOM reste cependant localisé à Stuttgart, comme EUCOM. Il comporte 2000 personnes, dont 40% de civils. Le nombre de militaires américains présents en 2014 sur le terrain en Afrique varie entre 5000 et 6000 hommes selon les opérations en cours[23].

Comme l’explique un rapport d’inspection du Bureau des affaires africaines du département d’Etat (2009), AFRICOM vient aussi « combler un vide créé par la pénurie des moyens au service du développement et de la diplomatie[24] » (en raison des coupes drastiques imposées par le Congrès républicain de la deuxième moitié des années 1990 sous la houlette du sénateur Jesse Helms). Il s’agit aussi d’harmoniser et de rationaliser la gestion des différents programmes concernant l’Afrique[25].

Les principaux éléments de la stratégie actuelle en Afrique

La stratégie américaine en Afrique privilégie (dans les textes) une approche intégrée, dans laquelle l’assistance militaire s’accompagne d’un soutien aux institutions démocratiques, à la société civile, au développement et à la croissance économique[26]. La création d’AFRICOM doit ainsi permettre une meilleure coordination de ces différents efforts, et est même envisagée comme un laboratoire d’un nouveau smart power américain reposant sur une approche globale des crises et une empreinte légère au sol[27].

Le continent africain est le terrain privilégié d’un élément-clé de la réorientation stratégique engagée par le Pentagone sous Obama, qui met en avant le concept (ou slogan) de light footprint et s’appuie sur les alliances et les partenariats[28]. La directive stratégique de 2012[29] (confirmée par la revue quadriennale de défense 2014 du Pentagone[30]) parle de nouvelles approches « innovantes et à faible coût » (« small low-cost innovative approaches »). Au niveau politico-stratégique, elle s’inscrit dans le cadre de la « doctrine de responsabilité[31] », conséquences de la ligne directrice qu’Obama s’est fixée en politique étrangère[32].

En pratique, la politique américaine repose sur une stratégie de coopération avec les pays africains partenaires (la quasi-totalité des États africains), à travers des programmes régionaux et des accords bilatéraux. L’objectif principal est d’aider les armées locales à développer leurs capacités. Les effectifs américains déployés en Afrique représentent de 5 à 6 000 hommes, on l’a dit, avec des variations en fonction des opérations en cours. L’essentiel de ces moyens est déployé à Djibouti sur la base de Camp Lemonnier (2 500 hommes), également la principale base de drones américains dans le monde. Il existe par ailleurs de nombreuses autres bases ou installations américaines sur le continent, certaines très légères et que l’on retrouve dans un grand nombre d’États africains, en particulier dans la zone qui va du Golfe de Guinée à la Corne de l’Afrique. Emblématiques du changement d’époque, d’adversaire et de conflit que nous vivons actuellement, elles se résument le plus souvent à un hangar quelconque, une poignée de soldats et une flotte plus ou moins importante de petits avions de tourisme truffés d’électronique.

La mission principale du Pentagone en Afrique est la lutte contre les groupes terroristes islamistes de la Corne de l’Afrique (Somalie) et de la péninsule arabique (Yémen[33]), à travers deux types d’actions : formation et entraînement des forces africaines locales dans le cadre du programme Partnership for Regional Est African Counter Terrorism, et actions directes des forces américaines par l’emploi des drones armés et des forces spéciales[34]. Le Sahel est également un enjeu depuis 2002, date de lancement de la Pan-Sahel Initiative par le département d’Etat, dont l’objectif est de renforcer la sécurité aux frontières et les capacités contre-terroristes de quatre pays d’Afrique de l’Ouest : Mali, Tchad, Niger et Mauritanie. Le programme devient le Trans-Sahara Counter-Terrorism Partnership en 2005 et son volet militaire, sous la bannière de l’opération Enduring Freedom, vise à combattre et défaire les organisations terroristes opérant au Maghreb et au Sahel. Le nombre de partenaires est étendu : aux quatre pays de Pan-Sahel s’ajoutent désormais l’Algérie, le Burkina Faso, le Maroc, le Nigeria, le Sénégal et la Tunisie, pour un budget annuel d’environ 100 millions de dollars[35].

Un nouveau tournant? Les événements de Libye (2011-2012)

L’intervention de l’OTAN en Libye en 2011 a d’abord obligé AFRICOM à devenir un véritable commandement militaire opérationnel, le rapprochant de l’expérience de CENTCOM, le commandement qui a mené les opérations en Irak et Afghanistan. Jusque là, AFRICOM fonctionnait davantage comme SOUTHCOM (Amérique du Sud), qui lui aussi privilégie une approche globale civilo-militaire.

Mais le véritable tournant est lié à l’attaque du consulat américain de Benghazi en septembre 2012 par des groupes terroristes qui a entraîné l’assassinat de l’ambassadeur américain en Libye. Ce dernier événement a eu deux conséquences (sans parler de l’affaire politique) aux États-Unis : une attention nouvelle de la part des Américains (tout particulièrement au Congrès) au terrorisme en Afrique, dans une région autre que la Corne et envisagée comme pouvant menacer directement les intérêts américains. Surtout, l’attaque du consulat américain de Benghazi a imposé parmi les priorités d’AFRICOM une nouvelle mission d’interventions d’urgence.

Cette nouvelle mission s’est traduite très rapidement par de nouvelles initiatives, dont la mise en place de forces d’interventions d’urgence des Marines et la création d’un commandement pour les interventions d’urgence en octobre 2012[36] : ce Commander’s In-Extremis Force (CIF) pour AFRICOM disposera de trois brigades établies dans trois lieux stratégiques – Djibouti, Moron en Espagne, et un troisième en Afrique de l’Ouest non communiqué[37].

L’augmentation de l’attention portée à l’Afrique a été très nette au Congrès, où « l’affaire de Benghazi a donné des ailes au commandement et à ses demandes »[38]. Elle se manifeste en particulier dans l’évolution de la nature de l’attention du Congrès sur l’Afrique, visible dans l’évolution des sujets des auditions parlementaires et des rapports demandés au service de recherche du Congrès (CRS)[39].

USARAF trains 4000 troops in Chad Guinea Malawi US Army Africa photo

Les modalités d’interventions en Afrique : qu’est-ce que le light footprint ?

Light footprint et forces spéciales, le laboratoire africain

Le light footprint repose en priorité sur l’emploi de forces spéciales américaines ainsi que de brigades spécialisées par région, et surtout sur la coopération (formation, entraînements conjoints) entre les militaires américains et les forces armées locales, qui doivent à terme prendre en charge l’essentiel du travail (les fameuses « solutions africaines aux problèmes africains »).

SOCOM, le commandement américain des forces spéciales, a été protégé des coupes qui frappent le budget américain de la défense[40], alors même que le commandement avait déjà vu son budget quintupler sur la décennie 2000. Ces dernières années ont vu notamment SOCOM prendre une importance croissante en tant que planificateur et acteur principal de la coopération de sécurité au Pentagone, en particulier l’ensemble des programmes de formation et entraînement des armées partenaires. L’amiral McRaven, commandant de SOCOM de 2011 à 2014, a joué un rôle majeur dans cette évolution. Aujourd’hui, les effectifs des forces spéciales américaines atteignent près de 70 000 hommes (moins de 5% forces militaires totales américaines) pour un budget en 2012 de 10,5 milliards (1,4% du total budget défense). Parmi les forces de SOCOM, 45% viennent de l’armée de Terre, 28% de l’Air Force, et 14% de la Navy[41].

Les forces spéciales américaines ont deux emplois majeurs : la « chasse à l’homme » (au terroriste – « counterterrorism manhunting capability »), et la formation-coopération, c’est-à-dire le travail avec et aux côtés des forces armées locales pour combattre les terroristes, insurgés et autres réseaux criminels transnationaux à travers toute une série de programmes et d’actions de défense et de formation[42], mais aussi de programmes civils dans les domaines les plus variés. On évoque pour simplifier deux approches : une approche directe de court terme, et une approche indirecte de long terme, la première étant nécessaire pour permettre la mise en place et surtout le bon fonctionnement de la seconde, elle-même indispensable pour apporter des solutions durables aux problèmes révélés par le terrorisme (les travaux plus récents préfèrent les termes de « surgical strike » et « special warfare »). Les exemples de réussite de l’approche indirecte le plus souvent cités sont la Colombie et les Philippines[43]. En Afrique, des exercices comme Flintlock permettent aussi d’assurer la nécessaire interopérabilité et la standardisation des doctrines des forces spéciales[44].

Les forces spéciales, considérées comme une « force tactique avec un impact stratégique » (aux États-Unis comme ailleurs de plus en plus) sont aujourd’hui l’instrument de choix pour affronter de nombreuses menaces contemporaines. Cette évolution devrait durer en raison de la contrainte budgétaire et de la prévalence des guerres et menaces irrégulières[45]. Cette volonté d’appui sur les forces spéciales est par ailleurs soutenue par le Congrès américain : ainsi un récent rapport de la Commission des forces armées de la Chambre des représentants réclamait une « utilisation plus agressive et chirurgicale des forces spéciales en Afrique » dans le contre-terrorisme, et en particulier pour la « réforme des secteurs de sécurité[46] ».

Enfin, la formation par les forces spéciales semble être l’une des voies les plus prometteuses pour le long terme et l’objectif d’apporter des « solutions africaines aux problèmes africains ». Ainsi, l’une des rares études approfondies sur le retour d’expérience (« lessons learned ») des programmes de formation  par les forces conventionnelles et spéciales américaines au Mali (analyse de fond sur l’effort de formation américaine après les critiques suite au coup d’Etat de 2012) analyse les différentes approches mises en œuvre par les différents programmes américains de formation (IMET, ACRI, CFTP) et compare les résultats et comportements des unités maliennes qui en ont bénéficié. La conclusion est sans appel : seul un effort continu (référence au dernier concept de formations de SOCOM, par les forces spéciales donc) est efficace en terme de formation des armées partenaires (building partner capacity[47]).

Hormis les forces spéciales, l’autre mode d’intervention mis en avant dans le concept de light footprint et privilégié par les Américains en Afrique est la voie des partenariats.

USARAF transfers mission to 101st Airborne Division  Military personnel supporting Operation United Assistance US Army Africa photo by Pfc Craig PhilbrickLa coopération franco-américaine en Afrique

La revue du centre contre-terroriste de l’Académie militaire de Westpoint publiait début 2014 un numéro spécial sur l’avenir des opérations contre-terroristes américaines en Afrique, qui présentait notamment l’opération Serval menée par la France au Mali en 2013 comme une « matrice pour les futurs engagements dans la région dans le cadre du contre-terrorisme : une menace est perçue, une action engagée avec des objectifs clairement délimités ». Pour les auteurs, la clé consiste à identifier les acteurs appropriés pour chaque rôle, et ils notent en particulier « qu’un seul leader suffit » – dans ce cas en l’occurrence la France[48].

La coopération franco-américaine en Afrique a par ailleurs été largement mise en avant par les chefs d’Etat français et américain lors de la visite d’Etat du président Hollande aux États-Unis en février 2014 : évoquant « une alliance transformée » dans une tribune commune, les deux présidents notaient que « plus qu’ailleurs c’est peut-être en Afrique que notre nouveau partenariat trouve son expression la plus visible[49] ».

L’opération Serval a fait beaucoup : elle a impressionné les Américains, qui à leur tour ont joué un rôle essentiel de soutien à l’opération française. Les intérêts américains au Sahel proprement dit sont marginaux pour l’instant, mais la région requiert davantage d’attention car elle est au cœur de l’arc d’instabilité qui va de Mauritanie au Nigeria et à la Corne de l’Afrique. Et des partenaires proches des États-Unis, notamment la France et le Maroc (le Nigeria également), y ont des intérêts stratégiques et réclament un soutien américain[50]. D’où cette idée que le scénario malien est une matrice utile pour répondre à d’éventuels futurs défis djihadistes en Afrique de l’Ouest ou ailleurs – scénario qui ne fait que reprendre l’idée de leadership en retrait d’abord présenté par Obama au moment de l’intervention libyenne de 2011[51]. Ainsi lors de l’audition au Congrès du 14 février 2013 sur l’aide à apporter à la France, le premier représentant démocrate (ranking member) Brad Sherman déclarait que « dans le cas du Mali, nous sommes derrière et nous devons être derrière la France et applaudir ses efforts au Mali… Non seulement nous devons coopérer avec nos alliés, mais il y aura des moments et des zones où ils prendront la direction des opérations (the lead) et nous jouerons un rôle de soutien[52] ».

Comme le notera le rapport de l’Assemblée nationale française sur l’opération Serval au Mali, l’appui opérationnel américain à la France « a été décisif en termes de renseignement et d’observation comme de ravitaillement en vol ». Ce soutien, dès le 11 janvier pour le renseignement (drones et avions de reconnaissance), s’est également manifesté sous la forme de transport aérien stratégique (trois C-17) et de ravitaillement en vol (trois KC 135). L’aide américaine a fait l’objet d’une enveloppe budgétaire spéciale de 50 millions de dollars allouée par la Maison Blanche le 11 février (presidential drawdown)[53]. Même constat du côté du Sénat français : « Les États-Unis sont aujourd’hui le principal partenaire des Français en termes financiers et un maillon important en termes opérationnels (au Mali). Les États-Unis ont apporté immédiatement leur appui politique à l’opération française[54] ».

Aspect souligné par de nombreuses personnes des deux côtés de l’Atlantique, l’amiral McRaven, commandant des forces spéciales, aurait « investi dans la construction d’une relation mutuelle bénéfique avec les Français ». Par ailleurs, la France a dans le même temps acquis des drones américains, ce qui devrait faciliter encore la coopération entre services de renseignement. À Niamey d’ailleurs, les hangars des drones Reaper de surveillance américains et français se jouxtent[55].

Il faut souligner que cette évolution a été rendue possible suite à la rupture mise en œuvre sous le mandat du président Sarkozy dans l’attitude de la France vis-à-vis des États-Unis en Afrique : rupture car la France décide alors que son intérêt est de coopérer avec les États-Unis en Afrique, choisissant ainsi de tourner la page sur une rivalité historique entre les deux pays sur le continent[56]. Les Américains ont bien évidemment sauté sur l’occasion, comme en témoigne ce télégramme diplomatique de l’ambassade américaine à Paris en août 2009 qui note que la nouvelle position française « pourrait fournir aux États-Unis des opportunités pour étendre leur influence en Afrique sans avoir à faire face à la résistance ou à l’interférence française[57] ». Il reste que des deux côtés ce qui prime est la volonté de partager le fardeau économique, alourdi encore par les nouveaux défis en particulier le terrorisme. C’est d’ailleurs en 2009 toujours que l’expression d’un leadership différent (« lead from the side », soit un leadership latéral et non frontal) est utilisée par les Américains pour décrire la forme que pourrait prendre leur coopération avec Paris[58]. Les Américains ont bien compris que la France « souhaiterait mener elle-même l’effort de lutte contre le terrorisme au Sahel, plutôt que de suivre les États-Unis[59] ».

Contradictions du light footprint et limites des partenariats

Le principal risque lié au light footprint et à l’accent sur la priorité sécuritaire est la contradiction potentielle avec les objectifs de gouvernance et de développement, objectifs de long terme essentiels car censés garantir la lutte contre les causes du terrorisme. Un autre risque est que l’aide et le soutien américains soient instrumentalisés par les autorités locales pour combattre des groupes qui ne sont pas forcément des terroristes – et ne menacent que les intérêts politiques du gouvernement en question[60].

L’un des garde-fous dont les États-Unis disposent à cet égard consiste en l’arsenal de lois votées par le Congrès pour encadrer l’aide américaine à des pays étrangers. L’assistance militaire américaine est ainsi limitée et contrainte par plusieurs lois du Congrès dont les plus connues sont les lois Leahy, du nom du sénateur démocrate qui en est à l’origine. Ces lois veillent au respect de certains critères lorsque les États-Unis versent de l’aide à un pays, critères qui imposent une supervision et validation par le département d’Etat pour tous les programmes, y compris ceux qui sont gérés directement par le Pentagone. Elles représentent donc un garde-fou au regard des risques évoqués ci-dessus du light footprint. Ainsi, les lois Leahy interdisent par exemple le versement de l’aide (même si elle a été votée par le Congrès) à toute unité militaire si un membre a été convaincu de « grossière violation des droits de l’homme[61] ».

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces lois ont été de plus en plus contestées récemment, et tout particulièrement par des militaires dépendant d’AFRICOM. L’amiral McRaven a même expliqué très franchement à plusieurs reprises à la presse et au Congrès que ces lois « compliquent son travail » [62]. Or l’aide militaire prend une part croissante dans la politique africaine des États-Unis et constitue le pilier du light footprint. Et les études sur le sujet montrent que, si les lois Leahy sont souvent contournées par les pays bénéficiaires, y compris parfois grâce aux conseils des militaires américains eux-mêmes, elles ont cependant le mérite d’exister et, le plus souvent de provoquer au moins un débat sur les méthodes et les objectifs poursuivis[63].

Sans se noyer dans les chiffres et le détail des innombrables programmes d’aide américaine du département d’Etat et du département de la défense, il est néanmoins utile de rappeler ici quelques tendances et chiffres importants. En premier lieu, la moitié des programmes d’assistance dans le domaine de la sécurité sont aujourd’hui gérés par le Pentagone, y compris (tendance récente) les programmes d’entraînement et équipement (train and equip). L’aide militaire sous l’autorité du Pentagone (notamment les sections 1203, 1206 et 1208 des lois de budget du Pentagone) a plus que doublé depuis 2005 et concerne de plus en plus l’Afrique. La section 1206 en particulier a été créée en 2005 spécifiquement dans le contexte de la lutte contre-terroriste par la formation des armées étrangères (building partner capacity). Elle est donc l’un des instruments privilégiés de mise en œuvre du light footprint[64]. Enfin, il faut évoquer également la section 1208, dont les fonds sont également en augmentation : elle a été créée spécifiquement pour les programmes d’assistance aux forces spéciales, et McRaven a dit lors d’une récente audition au Congrès qu’il s’agissait de « l’outil le plus important dans la lutte contre-terroriste »[65].

Plus globalement, la montée des pays africains dans le top 10 des pays bénéficiaires de l’aide américaine est indéniable depuis quelques années, notamment concernant le Nigeria, qui passe devant l’Irak dans la requête 2014, ainsi que le Kenya et la Tanzanie[66]. Cette évolution est tout particulièrement flagrante si l’on considère uniquement l’assistance militaire, avec le Soudan, l’Éthiopie, l’Afrique du Sud figurant parmi les grands bénéficiaires, mais aussi la Somalie, la Mauritanie et le Tchad (dans ces derniers cas, les chiffres absolus sont beaucoup moins élevés, mais il faut rapporter à la taille des pays)[67]. De même, pour les programmes d’entraînement et formation, il faut garder en tête la taille des pays et de leurs forces armées : il faut alors ajouter parmi les bénéficiaires importants le Burundi, l’Ouganda, le Ghana et la Sierra Leone[68].

Cette évolution n’est pas sans risques. Les Etats-Unis sont en effet en train de nouer des partenariats de plus en plus étroitement (et essentiellement) sécuritaires avec la plupart des pays d’Afrique. Le risque est de se trouver entraînés du soutien sécuritaire au soutien politique, et loin des objectifs affichés en termes de défense des libertés politiques et religieuses et de promotion des institutions démocratiques, au vu de l’évolution de la situation dans plusieurs pays du continent[69]. Et de refaire les mêmes erreurs qu’au Moyen-Orient par exemple (soutenir des dictateurs pour contrer un danger terroriste plus ou moins aigu), avec des conséquences qui peuvent être dramatiques voire contre-productives sur le long terme. Barack Obama en est conscient et a tenté de corriger le tir par plusieurs initiatives à haute visibilité : la tonalité résolument axée sur la démocratie et le développement économique de sa tournée africaine de juin 2013 ; le lancement à cette occasion d’une nouvelle initiative « Power Africa » pour développer l’accès à l’électricité en Afrique ; ou encore la tenue pour la première fois dans l’histoire d’un sommet États-Unis Afrique en août 2014 à Washington, sommet à vocation avant tout économique[70].

Le discours de Westpoint et les perspectives d’évolution de la stratégie américaine

Pour autant, le discours de politique étrangère d’Obama à l’Académie militaire de Westpoint en mai 2014 a à nouveau renforcé l’impression d’une vision américaine de l’Afrique essentiellement à travers le prisme sécuritaire. Cette impression d’un « modèle africain »[71] pour le contre-terrorisme a été renforcée lors du discours présidentiel annonçant la stratégie vis-à-vis des terroristes de l’EI (Etat Islamique) et faisant explicitement référence à un modèle utilisé au Yémen et en Somalie[72]. Lors du discours de Wespoint, qui se voulait plus général, Obama annonçait par ailleurs la création d’un nouveau fonds destiné à la lutte contre-terroriste avec des partenaires des États-Unis « du Sahel à l’Asie de l’Est » de 5 milliards de dollars (« Counterterrorism Partnerships Fund »), budget destiné aux programmes d’assistance militaire et qui marquerait (s’il est voté par le Congrès) un saut quantitatif au regard des sommes actuelles (les lignes budgétaires 1203, 1205, 1206 et 1208 évoquées ci-dessus). Enfin, on notera que toujours en 2014 les États-Unis ont renouvelé pour 20 ans leur accord avec Djibouti, tout en poursuivant d’importants travaux de rénovation des pistes et d’agrandissement de la base, confirmant que les États-Unis sont bien là pour longtemps en Afrique.

Autant de faits qui justifient de s’interroger sur l’expérience et les leçons d’une décennie et demie d’implication américaine renouvelée en Afrique, de la Sierra Leone à la Guinée, du Niger au Mali, et de la Libye à la Somalie[73]. Une des ambitions de cette étude est d’apporter un début de réponse à ces questions, et de nouvelles pistes de réflexion.

US Marine Corps MV 22B Ospreys with SPMAGTF Crisis Response Nov2014 AFRICOM img

Présentation des articles et organisation de l’étude

1. Acteurs et processus

J. Peter PHAM : « AFRICOM’s evolution from Bush to Obama »

J. Peter Pham revient sur la création du commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM), qui avait provoqué de vives controverses sur le continent africain et aux États-Unis, et marquait indéniablement le changement le plus significatif de la politique africaine des États-Unis depuis près d’un demi-siècle. Sept ans après, l’auteur se propose d’en établir un premier bilan. La création du commandement a confirmé l’importance stratégique croissante de l’Afrique aux yeux des Américains, mais n’a pas justifié les pires craintes de ses détracteurs à l’époque. La ligne directrice de la stratégie américaine, définie par George W. Bush et confirmée par Barack Obama, demeure le choix des partenariats avec les pays d’Afrique et le renforcement des capacités africaines à faire face aux problèmes africains par la coopération avec les militaires américains. L’apport sous Obama aura consisté à soutenir également le rôle des alliés européens des États-Unis en Afrique.

Olivia RONSAIN : « Le département de la Défense, acteur prépondérant du dispositif américain de coopération avec l’Afrique »

Olivia Ronsain présente le rôle du département de la Défense dans la coopération américaine en Afrique. La continuité de la politique américaine va de pair avec un basculement dans la répartition des compétences entre les acteurs, qui octroie une place toujours plus centrale au Pentagone. L’article démontre à la fois l’importance qu’occupe ce dernier dans son champ de compétence, mais également l’accentuation de son rôle dans les domaines qui ne relèvent pas directement de son expertise : les responsabilités croissantes dans la diplomatie de proximité qu’il exerce avec les autorités locales africaines et la place centrale qu’il occupe dans des secteurs plus étonnants comme celui de la santé. L’article souligne la forte implication du Congrès dans l’évolution de l’engagement militaire en Afrique, et l’absence du Pentagone dans certains champs d’actions, ce qui nuance l’idée d’une militarisation de la stratégie américaine en Afrique. Enfin, l’auteur montre que le contexte de contraintes budgétaires renforce le poids des acteurs privés.

Marc-Antoine BRILLANT : « L’analyse américaine de la menace en Afrique »

Marc-Antoine Brillant s’intéresse à la vision américaine de la menace en Afrique. Il s’attache dans son article à montrer la manière dont les états-majors américains ont dû revoir leurs outils d’analyse classique (datant de la guerre froide) après le 11 septembre 2001 et l’irruption d’une menace terroriste à l’échelle mondiale. Dans le cadre de la « guerre globale contre la terreur » définie par le gouvernement de George W. Bush, les militaires américains ont dû imaginer de nouvelles manières de conceptualiser la menace, notamment sur le continent africain. C’est dans ce contexte que s’est imposée une vision systémique (« l’ennemi en tant que système »), afin d’adapter la manière de combattre et défaire l’ennemi. Une méthode qui a permis une analyse et donc une connaissance plus fine de l’environnement et des mouvements terroristes, sans pour autant toujours conduire à un changement dans les méthodes de combats.

2. Modalités et études de cas

Bronwyn BRUTON, Paul D. WILLIAMS: « The hidden costs of outsourcing the “war on terrorism” in Africa »

L’article de Bronwyn Bruton et Paul Williams s’intéresse à l’une des caractéristiques majeures de la stratégie opérationnelle américaine en Afrique, le recours à des pays alliés pour combattre le terrorisme par procuration, et à ses coûts cachés, notamment sur le long terme. Les auteurs observent que ce choix répond à des pressions notamment internes aux États-Unis, en particulier la contrainte de l’opinion publique ainsi que de la réduction des coûts, et qu’il a conduit Washington à s’appuyer sur et à soutenir les efforts d’un certain nombre d’États amis, en particulier l’Éthiopie, le Kenya, l’Ouganda, le Burundi ou encore Djibouti. Les auteurs montrent que cette solution américaine, malgré ses avantages certains (pas de soldats américains au sol, un coût nettement moindre) a cependant eu des effets négatifs, voire même contre-productifs à long terme (en aggravant la menace terroriste dans certains cas). Elle peut être instrumentalisée par les États de la région, en fonction de leurs propres intérêts et parfois en contradiction avec d’autres objectifs de la politique américaine en Afrique.

Jérôme PIGNE : « L’approche indirecte des États-Unis au Sahel. Évolution de la stratégie et approche comparative avec l’Union européenne »

Pour analyser l’approche indirecte des États-Unis au Sahel, l’article de Jérôme Pigné se penche sur la manière dont les États-Unis se sont investis dans la zone au moins depuis le début des années 2000. Plus précisément, l’auteur considère que pour comprendre le rôle que jouent les États-Unis au Sahel il est nécessaire de s’intéresser à leur vision de la sous-région, ainsi qu’à leurs interactions avec les autres forces présentes sur ce théâtre. En particulier, l’auteur revient sur le concept d’États faibles ou faillis, central pour les Américains, alors que l’Union européenne lui préfère celui d’États fragiles. Il conclut en présentant des pistes de coopération entre les États-Unis et l’UE, mais aussi la France et les différents pays de la sous-région.

Beth Elise WHITAKER: « African Reactions to U.S. Counter-Terrorism Policies: Kenya, From Reluctance to Resolve »

L’article de Beth Elise Whitaker s’intéresse à la manière dont les États africains réagissent à la stratégie américaine et donc concrètement la manière dont ils collaborent avec Washington dans la politique contre-terroriste. Elle se penche dans son article sur le cas du Kenya, qui illustre en particulier la difficulté pour les États-Unis de concilier les deux priorités de leur politique africaine, le contre-terrorisme d’un côté, le développement et la promotion de la démocratie de l’autre. Le Kenya, l’un des plus anciens alliés américains en Afrique de l’Est, est ainsi passé d’une attitude relativement réticente à une coopération beaucoup plus ouverte, alors même que les États-Unis, en particulier sous Obama, ont tenté de maintenir une certaine distance avec des dirigeants inculpés par la Cour Pénale Internationale – alors même que la menace terroriste est en hausse dans la région. Par ailleurs, le cas du Kenya (et a contrario ceux de l’Ouganda ou de l’Éthiopie) illustre qu’il est parfois plus difficile de collaborer avec des régimes en transition démocratique qu’avec des États plus autoritaires.

Western Accord 2014 US Army Africa photo by Sgt William Gore

NOTES

[1] Discours de Barack Obama à l’Académie militaire de Westpoint, 28 mai 2014,

http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2014/05/28/remarks-president-west-point-academy-commencement-ceremony.

[2] White House, « Statement by the president on ISIL », 10 septembre 2014,

http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2014/09/10/remarks-president-barack-obama-address-nation

[3] US Department of Defense, Sustaining U.S. Global Leadership: Priorities for the 21st Century, janvier 2012, http://www.defense.gov/news/defense_strategic_guidance.pdf

[4] White House, «Presidential Memorandum — Drawdown Under Section 506(a)(1) of the Foreign Assistance Act of 1961 for France to Support its Counterterrorism Efforts in Mali, Niger, and Chad», 11 août 2014, http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2014/08/11/presidential-memorandum-drawdown-under-section-506a1-foreign-assistance-

[5] Reeve Richard, Pelter Zoë, From New Frontier to New Normal: Counter-Terrorism Operations in the Sahel-Sahara, Londres: Oxford Research Groupe, août 2014,

http://www.oxfordresearchgroup.org.uk/sites/default/files/From%20New%20Frontier%20to%20New%20Normal%20-%20Counter-terrorism%20operations%20in%20the%20Sahel-Sahara.pdf

[6] Discours de Barack Obama à l’Académie militaire de Westpoint, 28 mai 2014, http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2014/05/28/remarks-president-west-point-academy-commencement-ceremony. Voir aussi Adams Gordon, « Obama’s Big, New Counterterrorism Plan is a Hot Mess», Foreign Policy, 30 mai 2014, et Traub James, « Obama’s Light Touch and a Heavy Hand », Foreign Policy, 30 mai 2014.

[7] White House, « Statement by the president on ISIL », 10 septembre 2014, http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2014/09/10/remarks-president-barack-obama-address-nation

[8] Voir l’article de Pham J. Peter sur AFRICOM dans cette étude.

[9] Audition du général Rodriguez: « Statement of Gal David Rodriguez, Commander, US AFRICA COMMAND Before the Senate Armed Service Committee Posture Hearing », 4 mars 2014.

[10] U.S. Department of State, Country Reports on Terrorism 2013, avril 2014, http://www.state.gov/documents/organization/225886.pdf

[11] Sur la présence et le rôle des forces spéciales en Afrique (et le rôle des forces spéciales dans la transformation stratégique américaine), voir cet article clairvoyant de Kaplan Robert D., « Supremacy by Stealth », The Atlantic Monthly, juillet-août 2003. Sur le même thème, voir aussi Donnelly Thomas, Serchuk Vance, « Toward a Global Cavalry: Overseas Rebasing and Defense Transformation », AEI Online, 1er juillet 2003. Ces auteurs annoncent une partie de ce que Mark Mazzetti décrit en 2013 dans son livre sur la transformation parallèle des forces spéciales et de la CIA pendant la décennie 2000 : Mazzetti Mark, The Way of the Knife : the CIA, a Secret Army, and a War at the Ends of the Earth, New York, Penguin Press, 2013.

[12] The White House, U.S. Strategy Toward Sub-Saharan Africa, juin 2012,

http://www.whitehouse.gov/sites/default/files/docs/africa_strategy_2.pdf

[13] The White House, National Strategy for Counterterrorism, juin 2011,

http://www.whitehouse.gov/sites/default/files/counterterrorism_strategy.pdf

[14] Voir l’article de Marc-Antoine Brillant dans cet ouvrage.

[15] Voir la présentation des articles ci-dessous.

[16] Cet article traitant pour l’essentiel d’une période récente, il utilise de nombreuses sources primaires, rapports du département de la Défense, du département d’Etat, du Congrès et d’AFRICOM, transcriptions d’auditions au Congrès, ainsi que de nombreux entretiens réalisés à Washington surtout et également à Paris entre avril 2012 et juin 2014, selon la règle de non-attribution (Chattam House Rule) : acteurs institutionnels civils et militaires, au Congrès (conseillers, assistants ; également plusieurs sénateurs et représentants) ; Pentagone, dont DIA (Defense Intelligence Agency) ; US Army War College ; officiers français, à AFRICOM, Washington et Paris ; ainsi que plusieurs experts américains (NDU, CSIS, Atlantic Council notamment).

[17] Sur le traumatisme de Mogadiscio pour les Américains, et ses conséquences, voir Kandel Maya, Mourir pour Sarajevo. Les Etats-Unis et l’éclatement de la Yougoslavie, Paris ; CNRS Editions, 1993, p. 203-205 (« Octobre noir »).

[18] Ploch Lauren, Africa Command: U.S. Strategic Interests and the Role of the U.S. Military in Africa, Congressional Research Service (CRS), July 2011.

[19] Voir l’article d’Olivia Ronsain dans cet ouvrage.

[20] Sur cette période, voir Cooke Jennifer G., « De Clinton à Obama, les Etats-Unis et l’Afrique », Politique étrangère, 2 :2013, pp. 67-80.

[21] Voir par exemple: Daniel Benjamin, Steven Simon, The Age of Sacred Terror: Radical Islam’s War Against America, New York, Random House, 2002; Clarke Richard A., Against All Enemies. Inside America’s War on Terror, Londres, Simon & Schuster, 2004.

[22] Sur AFRICOM voir l’article de J. Peter Pham dans cet ouvrage.

[23] US Department of Defense Press Briefing by Deputy Assistant Secretary Dory and General Rodriguez, April 08, 2014,

http://www.defense.gov/Transcripts/Transcript.aspx?TranscriptID=5412&utm_source=Sailthru&utm_medium=email&utm_term=%2ASituation%20Report&utm_campaign=SITREP%20APRIL%209%202014

[24] U.S. Deparment of State, Report of Inspection: The Bureau of African Affairs, août 2009, http://oig.state.gov/documents/organization/127270.pdf

[25] Kandel Maya, « AFRICOM, laboratoire du smart power américain ? », Froggy Bottom Blog, 9 décembre 2013, https://froggybottomblog.com/2013/12/09/africom-laboratoire-du-smart-power-americain/

[26] Kandel Maya, « Les Etats-Unis, l’Afrique et la guerre au Mali », Orion, Observatoire de la défense, Note N°22, Fondation Jean Jaurès, 7 février 2013.

[27] Voir Kandel Maya, Quessard-Salvaing Maud (dir.), Les stratégies du smart power américain. Redéfinir le leadership dans un monde post-américain, Étude de l’IRSEM n° 32, 2014,

http://www.defense.gouv.fr/irsem/publications/etudes/etudes-de-l-irsem et notamment mon article « Smart way of war ? Contraintes intérieures et interventions extérieures sous Obama ».

[28] Kandel Maya (dir.), Fleurant Aude-Emmanuelle, Etats-Unis, quelle transition stratégique ? La politique de défense américaine sous Obama, entre dynamiques internes et évolutions internationales, Etude de l’IRSEM n°29, IRSEM, 2013.

[29] US Department of Defense, Sustaining U.S. Global Leadership: Priorities for the 21st Century, janvier 2012, http://www.defense.gov/news/defense_strategic_guidance.pdf

[30] US Department of Defense, 2014 Quadriennal Defense Review, mars 2014,

http://www.defense.gov/pubs/2014_Quadrennial_Defense_Review.pdf

[31] Voir Hachigian Nina, Schorr David, “The Responsibility Doctrine”, The Washington Quarterly, 36:1, hiver 2013, pp. 73-91.

[32] Voir aussi l’article de Bronwyn Bruton et Paul D. Williams, ainsi que celui de Beth Elise Whitaker, dans cet ouvrage.

[33] Le Yémen dépend de CENTCOM mais les drones qui y frappent décollent de Camp Lemonnier à Djibouti.

[34] Ploch Lauren, Countering Terrorism in East Africa: The U.S. Response, Congressional Research Service (CRS), Novembre 2010.

[35] Voir l’article de Jérôme Pigné dans cet ouvrage.

[36] Voir ce Powerpoint présenté par le Commandement des forces spéciales (USSOCOM) à l’occasion de la création des CIF en octobre 2012 et intitulé « United States Army, Special Operations Forces and Conventional Forces, Partnering to Prevent, Shape, and Win »:

http://www.ausa.org/meetings/2012/annualmeeting/Documents/ILWPresentation_ArmySpecialOPrForces.pdf

[37] Dorschner Jim, « The era of the operator », Jane’s Defense Weekly, 21 mars 2013.

[38] Entretiens au Congrès (mars 2014).

[39] Travail statistique sur les sources primaires, Library Of Congress, Washington DC. Voir aussi Oliveri Frank, « Senators to Turn Attention to Africa Command », Congressional Quarterly News, 24 janvier 2013 et Broder Jonathan, «The Battlefield Grows Larger », Congressional Quarterly Weekly, 26 janvier 2013.

[40] Voir Kandel Maya (dir.), Fleurant Aude-Emmanuelle, Etats-Unis, quelle transition stratégique ? La politique de défense américaine sous Obama, entre dynamiques internes et évolutions internationales, Etude de l’IRSEM n°29, IRSEM, 2013.

[41] Sur le rôle et l’avenir des forces spéciales dans la stratégie globale américaine, voir cet excellent rapport : Robinson Linda, The Future of U.S. Special Operations Forces, Council on Foreign Relations Special Report No.55, 2013. L’auteur (qui a depuis publié également un livre sur le sujet) montre que les Etats-Unis se trouvent aujourd’hui à un point d’inflexion dans le développement et l’utilisation des forces spéciales, en raison des contraintes intérieures qui donnent la priorité aux opérations à faible empreinte et avec des partenaires avant tout pour des raisons de meilleur coût-efficacité.

[42] Plusieurs niveaux sont possibles : entraîner et conseiller ; conseiller pendant le combat ; donner une assistance restreinte tel que ravitaillement, renseignement ; entraînements techniques conjoints entre forces spéciales…

[43] Sur les exemples de la Colombie et des Philippines la RAND a publié une étude bienvenue qui montre que le contexte et surtout le gouvernement local (force et capacités d’action) sont la clé. D’où le problème pour transposer et généraliser ces succès dans des pays aux caractéristiques différentes. La conclusion de l’étude de la RAND est que la réussite américaine dans ces deux pays a davantage à voir avec la nation partenaire qu’avec la politique américaine : Stephen Watts, Jason Campbell, Patrick Johnston, Sameer Lalwani, Sarah Bana, Countering Others’ Insurgencies: Understanding US Small-Footprint Interventions in Local Context, RAND, 2014.

[44] Dorschner Jim, « The era of the operator », Jane’s Defense Weekly, 21 mars 2013.

[45] Sur les forces spéciales, voir aussi: Morrison Scott, « Redefining the Indirect Approach, Defining Special Operations Forces (SOF) Power, and the Global Networking of SOF », PRISM, 4, n°3, 2013. Major Fernando M. Lujan, Light Footprints: The Future of American Military Intervention, CNAS Report, 2013 ; Feickert Andrew, U.S. Special Operations Forces: Background and Issues for Congress¸ CRS Report for Congress, 6 février 2013 ; Watts Stephen, Pezard Stephanie, « Rethinking Small-Footprints Interventions », Parameters, 44(1), printemps 2014.

[46] Report of the Committee on Armed Services, House of Representatives on the National Defense Authorization Act for FY2013, 11 mai 2012,

http://www.gpo.gov/fdsys/pkg/CRPT-112hrpt479/pdf/CRPT-112hrpt479.pdf

[47] Powelson Simon J., Enduring Engagement Yes, Episodic Engagement No : Lessons for SOF From Mali, Naval Postgraduate School Thesis, Monterey, California, Décembre 2013,

http://calhoun.nps.edu/public/bitstream/handle/10945/38996/13Dec_Powelson_Simon.pdf?sequence=1

[48] Sheehan Michael, Porter Geoff, « The Future Role of US Counterterrorism Operations in Africa », CTC Sentinel, Vol. 7 Issue 2, février 2014 (Combating Terrorism Center at West Point).

[49] Barack Obama et François Hollande, « Une alliance transformée », Le Monde, 11 février 2014.

[50] Pham J. Peter, Campbell John, « Does Washington have a stake in the Sahel ? », CFR Experts Brief, 14 janvier 2014.

[51] Kandel Maya, « Obama et la Libye : aux origines du Leading from Behind », Froggy Bottom Blog, 12 février 2014, https://froggybottomblog.com/2014/02/12/obama-et-la-libye-aux-origines-du-leading-from-behind/

[52] Hearing of the House Committee on Foreign Affairs, «The Crisis in Mali: US interests and the International Response», House of Representatives, 113th Congress, 14 février 2013. Entretiens de l’auteur avec des staffers du Congrès et notamment de la sous-commission Afrique de la Commission aux affaires étrangères, juin 2013.

[53] Rapport d’information N°1288 de l’Assemblée Nationale déposé par la commission de la défense nationale et des forces armées en conclusion des travaux d’une mission d’information sur l’opération Serval au Mali, 18 juillet 2013.

[54] Rapport d’information N°513 du Sénat fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées par le groupe de travail Sahel, 16 avril 2013.

[55] Guibert Nathalie, « L’Afrique, terrain d’une coopération militaire resserrée contre le terrorisme », Le Monde, 11 février 2014.

[56] Sur la rivalité historique de la France et des Etats-Unis en Afrique, on pourra lire cet article éclairant de Durand Pierre-Michel, « Le peace corps en Afrique française dans les années 1960. Histoire d’un succès paradoxal », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2005/1 (n° 217), P.U.F. L’article rappelle l’histoire du Peace Corps, créature de la Guerre froide et crainte, voire phobie des Français dès lors qu’il va s’implanter en Afrique francophone – cf. son expulsion du Gabon en 1968 sous pression française. Les Français voient d’un mauvais œil cette « concurrence dans la conquête des cœurs africains ». Pour les Américains, le Peace Corps est aussi un apprentissage en Afrique francophone de cette Afrique « où il faut plus que tout se méfier des Français et de leur attitude constance, faite d’une ‘opposition jamais exprimée mais néanmoins toujours perceptible ». Le Peace Corps se veut dès l’origine à l’opposé de l’ancienne relation coloniale et en Afrique francophone il entend s’opposer en tout aux Français – il n’est dès lors pas étonnant que Paris ait perçu là un danger pour son influence.

[57] Télégramme diplomatique obtenu via Wikileaks, « France’s Changing Africa Policy », août- septembre 2009 en trois parties.

[58] Télégramme diplomatique obtenu via Wikileaks, « US France EU discuss Sahel security issues », 30 septembre 2009.

[59] Télégramme diplomatique obtenu via Wikileaks, « Scene Setter Visit SecState », Paris 25 janvier 2010.

[60] Voir là-dessus l’article de Bronwyn Bruton et Paul Williams dans cet ouvrage.

[61] Serafino Nina, Beittel June, Ploch Blanchard Lauren, Rosen Liana, “Leahy Law” Human Rights Provision and Security Assistance: Issue Overview, Congressional Research Service (CRS) Report, 29 janvier 2014.

[62] Schmitt Eric, « Military Says Law Barring US Aid to Rights Violators Hurts Training Mission », The New York Times, 20 juin 2013.

[63] Tenorio Miller Nathanael, « The Leahy Law: Congressional Failure, Executive Overreach, and the Consequences », Cornell International Law Journal, Vol.45, 2012. Et aussi Winifred Tate, « Human Rights Law and Military Aid Delivery: A Case Study of the Leahy Law », Political and Legal Anthropology Review, Vol. 34, No. 2, November 2011.

[64] Serafino Nina, Security Assistance Reform: « Section 1206 », Background and Issues for Congress, Congressional Research Service (CRS) Report, 4 avril 2014. En l’occurrence, 1206 a permis d’inclure dans les programmes de coopération des Etats-Unis des pays africains qui n’en faisaient pas partie (1206 finance notamment l’AMISOM, le TSCTP) – par opposition à IMET et FMF (qui regroupent l’assistance bilatérale, formation et livraison d’équipements), dont les programmes les plus importants ont toujours concerné le Moyen-Orient – c’est-à-dire surtout Egypte, Israël et Jordanie. Cela dit, presque tous les pays y compris africains sont aujourd’hui aussi concernés par IMET et FMF (mais pour des plus petites sommes).

[65] Erwin Sandra, « In Game of Strategy, SOCOM Outsmarting Conventional Military », National Defense Magazine, 8 mars 2014.

[66] Epstein Susan, Tiersky Alex, Lawson Marian, State, Foreign Ops and Related Programs: FY2014 Budget and Appropriations, Congressional Research Service (CRS) Report, 3 janvier 2014.

[67] US Census Bureau, « US Economic and Military Aid by Major Recipient Country, 2001-2009 », Statistical Abstract of the United States, 2012: http://www.census.gov/compendia/statab/2012/tables/12s1299.pdf

[68] US Department of Defense, US Department of State, Foreign Military Training, Joint Report to Congress, FY2011 & 2012: http://www.state.gov/documents/organization/197595.pdf

[69] Nsia-Pepra Kofi, « Militarization of US Foreign Policy in Africa: Strategic Gain or Backlash? », Military Review, janvier-février 2014. Voir aussi le numéro spécial CTC Sentinel de Westpoint avec un article de Michael Sheehan et Geoff Porter, « The Future Role of US Counterterrorism Operations in Africa », Vol.7 n°2, février 2014.

[70] Voir Kandel Maya, « La veille de l’été 1914 », Froggy Bottom Blog, 30 août 2014, https://froggybottomblog.com/2014/08/30/la-veille-de-lete-2014/

[71] Discours de Barack Obama à l’Académie militaire de Westpoint, 28 mai 2014 : http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2014/05/28/remarks-president-west-point-academy-commencement-ceremony. Voir aussi Adams Gordon, « Obama’s Big, New Counterterrorism Plan is a Hot Mess», Foreign Policy, 30 mai 2014, et James Traub, « Obama’s Light Touch and a Heavy Hand”, Foreign Policy », 30 mai 2014.

[72] White House, « Statement by the president on ISIL », 10 septembre 2014: http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2014/09/10/remarks-president-barack-obama-address-nation

[73] Traub James, « Obama’s Light Touch and a Heavy Hand », Foreign Policy, 30 mai 2014.

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