Donald Trump, le populisme version américaine

Donald Trump a été officiellement investi la nuit dernière comme candidat du parti républicain à la présidentielle américaine de novembre prochain. S’il divise toujours le parti républicain, il représente pourtant l’aboutissement d’une stratégie politique délibérée du parti. Son élection ouvrirait une grande période d’incertitude (j’en parlais aussi ce matin sur France Culture, à réécouter ici).

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Trump ou l’explosion en vol de 30 ans de stratégie politique républicaine

Trump est le produit de la stratégie politique des élites républicaines depuis 30 ans et de leur discours anti-gouvernement et anti-système. Il représente l’aboutissement de plusieurs décennies d’évolution du GOP (autre nom du parti républicain, Grand Old Party ou GOP) entamée avec le grand réalignement politique des années 1960, et d’une stratégie reposant sur une délégitimation des gouvernants, avec des tactiques faisant feu de tout bois, y compris la calomnie, les insultes et une « politique des scandales ».

Cette stratégie a été mise au point par Newt Gingrich au début des années 1980 pour reprendre le Congrès aux démocrates – ce qu’il a réussi en 1994, quand les républicains remportent les deux chambres pour la première fois depuis 1954. Mais cette stratégie a fini par exploser en vol puisqu’avec le succès de Trump, elle a balayé également l’establishment du parti républicain.

L’autre élément essentiel de l’ascension de Trump est à relier au succès du populisme, tendance caractéristique des démocraties contemporaines des deux côtés de l’Atlantique. Là encore, le parti républicain a joué avec le feu et Trump est bien sa créature, puisque les élites du parti ont depuis 30 ans également instrumentalisé, encouragé et quasi-adoubé (ou en tout cas jamais clairement désavoué) les tendances extrêmes, racistes et/ou conspirationnistes de certains éléments de la base républicaine. Depuis 2009-2010 en particulier, la nouvelle garde républicaine a exploité et alimenté la colère et les angoisses de tout un secteur de la population américaine, liées à la récession économique de 2008 et à l’élection du premier président noir, y compris en reprenant à mots couverts (ou pas) le birther mouvement (selon lequel Obama ne serait pas né aux Etats-Unis et serait donc illégitime), mouvement lancé par Trump.

Enfin, les électeurs républicains, et en particulier les plus défavorisés, ont fini par comprendre qu’ils votaient contre leur intérêt économique en suivant l’establishment du GOP (voir aussi Donald Trump et la fin du rêve américain).

Trump et l’angoisse de (certains) Américains blancs

Trump a donné une voix aux angoisses d’une partie de la population blanche, qui se sent en déclin aux Etats-Unis et le vit mal. Mais il a aussi ouvert la porte à un courant nativiste blanc qui n’avait pas été aussi visible dans la vie politique américaine depuis plus d’un demi-siècle. Si le racisme ouvert contre les Noirs demeure le tabou ultime de la vie politique américaine, la parole s’est en revanche libérée sur l’immigration et l’islam, dans un mouvement porté par Trump et ses propos « décomplexés » contre le « politiquement correct ».

Or il faut rappeler que Trump a été soutenu dès l’été 2015 par des groupes suprémacistes blancs, qu’il n’a jamais réellement désavoués. Cette complaisance est visible sur Twitter, où il retweete les propos de ces groupes à ses 9 millions de followers (30% de ses tweets selon une étude), leur donnant une audience démultipliée, et une caution même s’il s’en défend ensuite. Surtout, il reprend leurs raisonnements et leurs codes de langage, avec ses discours où les immigrants sont « vecteurs de maladies, de crime », « des violeurs » (les Mexicains), « des terroristes » (les musulmans).

Ce que montrent les premiers jours de la Convention républicaine

GOP Convention MAGALa plate-forme du parti a été élaborée par le comité du parti et non par l’équipe Trump. Elle est ultra-conservatrice, la plus à droite depuis des décennies, avec des positions traditionnalistes sur la famille, l’éducation, et les questions de société en général, à tel point que le New York Times l’a qualifiée de « quasi-victorienne dans sa vision moralisatrice et profondément critique de l’évolution de la famille américaine ». Sur la politique étrangère, les points les plus notables sont l’absence de référence au libre-échange, et la construction d’un mur pour stopper l’immigration du Mexique, qui sont aussi les deux seuls points concrets du « programme » de politique étrangère de Trump (avec les doutes sur l’OTAN).

Sur le climat de la convention, l’historien Julian Zelizer faisait un parallèle avec la campagne de Nixon en 1968, qui avait instrumentalisé le climat de peur sous fond d’émeutes raciales et de contestation liée aussi à la guerre du Vietnam, dans une Amérique polarisée autour de la lutte pour les droits civils.

Trump considère clairement que sa voie vers la victoire passe par l’exploitation des angoisses actuelles des Américains sur l’immigration, le terrorisme et plus spécifiquement aussi les angoisses des classes moyennes et populaires blanches. Ses propos sur la loi et l’ordre évoquent explicitement le discours d’investiture de Nixon. Dans la foulée des événements récents, de Baton Rouge à Dallas, il attise les divisions tout en accusant Obama à mots couverts « d’être derrière tout cela ».

Les intervenants et discours des premiers jours ont pour certains été ouvertement racistes (cf. « Make America America again » ; voir aussi cette interview ahurissante du représentant Steve King) et ont pour la plupart surfé sur la peur, évoquant un cataclysme social et déclarant que « notre mode de vie est menacé ». Seule exception, Paul Ryan (républicain le plus puissant car speaker de la Chambre) a explicitement demandé à Trump de ne pas exploiter les questions raciales et identitaires, et regretté qu’il ait déjà commencé à le faire.

Si la première soirée évoquait la politique étrangère (hors du discours de Melania Trump), ce qui frappait était la liste des sujets non mentionnés : Russie, Ukraine, Chine, Brexit, Turquie, Syrie ou encore Corée du Nord. Seul sujet international réellement évoqué, le terrorisme n’a donné lieu à aucune véritable discussion, critique réelle de la politique Obama ou proposition alternative. Les interventions sont restées focalisées sur l’expression d’« islam radical » et le fait que les démocrates refuseraient de l’utiliser (ce qui n’est pas complètement vrai), illustrant aussi à quel point ce qui est en jeu est en réalité une angoisse sociétale et identitaire, en révolte contre le « politiquement correct » entendu comme une culture de gauche cosmopolite, tolérante et ouverte aux droits de toutes les minorités qu’elles soient sexuelles ou raciales. En somme une litanie de discours exprimant plaintes et frustrations plutôt qu’argumentations et encore moins visions.

A suivre : Donald Trump, sa vie, ses affaires, son caractère

3 réflexions sur “Donald Trump, le populisme version américaine

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