Qui détient réellement la puissance au XXIe siècle? La revue Questions Internationales se penche sur la puissance pour son numéro double été 2026 . J’y signe un article sur « La puissance américaine, entre hégémonie prédatrice et néo-impérialisme assumé« . J’en publie un extrait à la suite.
Les Etats-Unis sont devenus une puissance révisionniste de l’ordre international, dont ils rejettent les règles, normes et institutions. Après la parenthèse de la présidence de Joe Biden, le pays a retrouvé avec Donald Trump une volonté de redéfinir les règles du jeu international, et les modalités et principes de l’action internationale du pays.
Trump et son administration partent du constat de la transition géopolitique en cours, du passage d’un ordre international à un autre marqué par l’ascension de nouvelles puissances, à commencer par la Chine, et par le retour de guerres de haute intensité. Dans cette période mouvante, Trump entend rétablir la crédibilité et la puissance américaine, mais surtout au-delà remodeler cet ordre international en transition.
Pour Trump et son équipe, le point de départ est le constat d’échec de la politique étrangère américaine post-guerre froide, qui aurait gâché le moment unipolaire ayant suivi la fin de la guerre froide. Trump n’est pas un intellectuel doué pour construire de grandes stratégies, même s’il est entouré d’idéologues. Il est cependant animé par des idées fixes constantes depuis plusieurs décennies. Surtout, il se conçoit comme un agent du chaos, disrupteur en chef revendiqué aussi bien sur le plan intérieur que sur la scène internationale. C’est ainsi qu’il est vu également par la nouvelle élite nationale-conservatrice, ces idéologues du trumpisme qui constituent l’armature de ce second mandat. Pour eux comme pour Trump, la puissance repose sur le hard power, le pouvoir de contrainte économique et militaire, qui permet de projeter la force, et les Etats-Unis doivent employer ces outils pour saisir l’instant géopolitique et remodeler le monde: rétablir leur hégémonie contestée au moyen d’une politique néo-impériale.
La théorie MAGA de la puissance et sa filiation avec les néoconservateurs
Ce qui apparaît dans ce second mandat Trump, et contraste avec le premier, c’est la volonté de « saisir l’instant », exploiter ce moment historique de transition géopolitique pour redessiner la carte du monde. Les outils du hard power sont privilégiés, avec une dimension militaire aggressive de plus en plus marquée à mesure que Trump prend confiance en l’emploi de la force. Une hubris qui rappelle, non sans ironie, celle des néoconservateurs de l’entourage de George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001. Un conseiller de Bush avait déclaré à l’époque: « nous sommes un empire maintenant, et quand nous agissons, nous créons notre propre réalité ». L’écho est très fort avec ce que fait Trump, même s’il l’exprime de manière plus prosaïque. Autre écho, cette « théorie MAGA de la puissance » (Make America Great Again, slogan de Trump depuis sa première campagne) est infusée d’une profonde angoisse du déclin, élément de langage récurrent des trumpistes, communs à toutes les extrêmes-droites, où l’on retrouve des références au « choc des civilisations » cher à Samuel Huntington, souvent invoqué après les attentats de 2001.
Il reste qu’analyser la politique étrangère de Trump II et sa théorie de la puissance soulève une difficulté fondamentale, celle de rationaliser une approche qui, par la voix du président et commandant-en-chef, semble souvent défier toute cohérence.
Le sommaire complet de ce numéro double ici.
Les empires, qu’on croyait relégués au passé, réapparaissent au cœur de la scène mondiale. États‑Unis, Russie, Chine : les grandes puissances renouent avec des stratégies « néo‑impériales » qui bousculent l’ordre international établi depuis 1945. Pressions militaires, offensives technologiques, influence économique et culturelle : la compétition l’emporte désormais sur la coopération. Ce numéro décrypte ce tournant majeur. Une première partie en expose les ressorts idéologiques, économiques et stratégiques, tandis que la seconde analyse les ambitions impériales des puissances d’aujourd’hui – des « grands » aux acteurs du Sud global – et les défis qu’elles imposent à l’Union européenne. Un numéro essentiel pour comprendre le retour des logiques impériales au XXIe siècle.


