A l’occasion du 250e anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis, j’ai publié un long article pour la revue Le Grand Continent sur la notion de liberté d’expression aux Etats-Unis, ses sources, son évolution au fil de l’histoire des Etats-Unis, et son instrumentalisation par l’administration actuelle contre ses adversaires politiques aux Etats-Unis et à l’international contre l’Europe.

Cour Suprême. Crédit photo: Joe Ravi, CC BY-SA 3.0

Le sens et la portée de la « liberté d’expression » et du Premier amendement ont en effet connu d’importantes évolutions au cours de l’histoire américaine. La définition de l’étendue et des limites de cette liberté, de même que la liberté de la presse, ont varié au gré des majorités et des décisions de la Cour suprême. Surtout, le camp conservateur en a récemment fait un terrain de lutte politique en lien avec le retour au pouvoir de Trump en janvier 2025. Au cours de sa première année de mandat, la notion a semblé faire l’objet de nouvelles redéfinitions sous l’effet de l’assassinat de l’influenceur Charlie Kirk.

La liberté d’expression est ainsi doublement remise en question: redéfinie à l’intérieur des États-Unis, elle devient également un outil de projection du modèle américain à l’international, dirigé en premier lieu contre l’Europe. Ce double mouvement rend indispensable un retour sur les jalons historiques de cette notion aux États-Unis.

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Mise à jour: Le Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail (DRL) du département d’État américain a publié lundi 13 juillet un appel à propositions visant à développer les « liens civilisationnels », la « résilience démocratique » et l’État de droit en Europe. Voici les commentaires que j’ai donnés au Grand Continent:

Le bureau du département d’État qui, chargé début 2025 de trouver des cas de censure en Europe, n’en avait trouvé aucun (« ce fut notre seule tâche pendant plusieurs semaines », voir l’enquête « Donald Trump a transformé la liberté d’expression en arme de vassalisation »), vient de publier un appel pour financer des organisations européennes chargées, entre autres, d’en « documenter ».

Le plus frappant dans cet appel à projets publié le 13 juillet sur le site officiel du département d’État tient moins au montant qu’au « guichet ». Le Bureau démocratie, droits de l’homme et travail (DRL) soutenait depuis quarante ans la société civile face aux régimes autoritaires.

Signe de la transformation profonde du département d’État lancée dès le retour de Trump à la Maison-Blanche, le bureau avait déjà été mis à contribution par le bureau du vice-président pour trouver des preuves de la « censure » européenne, puis réorganisé sous la supervision de Samuel Samson. Il devient désormais officiellement l’instrument et le bailleur de fonds d’acteurs de la société civile mobilisés, chez les alliés européens, contre leurs propres institutions. Jusque dans son vocabulaire, l’appel décline la grammaire de la stratégie de sécurité nationale de décembre 2025, dans la droite ligne du discours de Vance à Munich. L’appel prévoit par ailleurs une « implication substantielle » du département d’État, qui co-choisit participants, thèmes et lieux : il s’agit bien d’une implication directe dans le débat public européen.

Quant à l’impact, les montants peuvent sembler dérisoires pour les États-Unis, mais ils ne le sont pas à l’échelle européenne et notamment française. Quand un think tank français de premier plan fonctionne avec quelques millions d’euros par an, une seule subvention de un à trois millions de dollars n’a rien d’anodin.

Ce n’est qu’un volet de l’offensive en cours contre l’Europe : au même moment, Marco Rubio a convoqué le 16 juillet à Washington une réunion sur le « terrorisme global d’extrême gauche », alors même que l’Europe est qualifiée d’« incubateur de menaces terroristes ». Société civile d’un côté, États de l’autre, ce sont bien deux volets d’une même entreprise de vassalisation idéologique. Elle exposera les relais prêts à émarger au budget de l’offensive MAGA contre l’Europe.