On peut toujours compter sur la revue Questions Internationales pour faire le tour d’une question dans ses excellents dossiers.

Le numéro de l’été 2019 « Etats-Unis : Cavalier seul » ne fait pas exception et je suis heureuse d’y figurer en très bonne compagnie (voir ici). Tous les articles sont intéressants.

A écouter: l’émission spéciale RFI Géopolitique-Le Débat sur ce dossier, à laquelle j’ai participé en compagnie de Pierre Melandri, qui fut mon directeur de thèse; ce fut donc d’autant plus un plaisir que de le retrouver ici.

QI COUV

J’y signe deux articles :

  • La politique étrangère de l’administration Trump, un nouveau modèle, qui porte sur l’action internationale des Etats-Unis sous la présidence Trump, un président qui a su provoquer dans son pays le plus large débat de politique étrangère depuis des décennies.
  • Révolution énergétique, mépris environnemental, déni climatique s’intéresse aux conséquences géopolitiques, et sur la diplomatie climatique, de la révolution énergétique américaine, avec un président qui a inscrit la « domination énergétique » au cœur de sa stratégie de sécurité nationale.

Je reproduis quelques extraits de chacun à la suite.

La politique étrangère de l’administration Trump : un nouveau modèle

La présidence de Donald Trump marque la fin de l’après-guerre froide. La politique étrangère américaine de cette période pouvait être résumée par un double paradigme : celui de la mondialisation, caractérisant une évolution globale mais aussi la ligne directrice de la doctrine Clinton (extension des démocraties de marché) et plus largement la mondialisation de l’ordre international créé et soutenu par les États-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dont les institutions, normes et principes semblent alors pouvoir être étendus à l’ensemble du globe avec la chute de l’Union soviétique et du bloc du même nom ; et, à partir du 11 septembre 2001, la « guerre mondiale contre le terrorisme » de George W. Bush, poursuivie bien qu’avec des moyens plus discrets par Barack Obama.

Donald Trump a voulu révolutionner la politique étrangère américaine, et cette volonté de redéfinition du rapport américain au monde était au cœur de ses promesses de campagne. À plus de la moitié de son mandat, il semble que le changement d’orientation ait bien eu lieu, quelle que soit la durée de sa présidence : la compétition stratégique (ou compétition de puissances, great power competition) a remplacé la lutte contre le terrorisme comme finalité première de la politique étrangère ; sur le plan des moyens, le slogan « America First » a promu l’unilatéralisme et le nationalisme comme principes directeurs, rejetant le multilatéralisme et les institutions à la base de l’ordre international, dont l’érosion est désormais avérée.

Certains éléments de la politique étrangère américaine sous Donald Trump prolongent la politique étrangère de Barack Obama, en particulier le désengagement du Moyen-Orient, et le pivot vers l’Asie. Mais d’autres signalent une véritable rupture, à travers le rejet du principe directeur de la politique étrangère américaine de l’après-guerre froide, selon lequel l’inclusion des rivaux dans le système international allait en faire des « partenaires responsables » (responsible stakeholder) des États-Unis : les documents stratégiques de l’administration Trump s’ouvrent sur le constat d’échec de cette politique.

En remettant en question le multilatéralisme et ses institutions, l’Amérique de Donald Trump semble se muer elle-même en « partenaire irresponsable » rejetant cet ordre international qu’elle avait jusque-là garanti, et rejetant ainsi le « wilsonisme » qui en était la philosophie d’origine.

Il reste pourtant difficile de définir le « trumpisme » en politique étrangère : la remise en question des principes directeurs de la politique étrangère ne signifie pas pour autant un retour à l’isolationnisme des années 1930, ou au XIXe siècle. La référence au « jacksonisme », du nom du président Andrew Jackson, 7e président des États-Unis, rappelle certes utilement le retour d’un nationalisme américain « ethnoculturel » plutôt que « civique », pour reprendre une distinction classique, mais ne nous en dit guère plus. (…)

Révolution énergétique, mépris environnemental, déni climatique 

En 2018, les États-Unis sont devenus les premiers producteurs mondiaux de gaz naturel et ont, en mars 2018, pour la première fois depuis 1957, exporté davantage de gaz qu’ils n’en ont importé. En novembre 2018, les États-Unis ont également, pour la première fois depuis 1973, exporté plus de pétrole qu’ils n’en ont importé. Le pays est devenu le premier producteur au monde avec 11,7 millions de barils par jour (Mb/j), devant la Russie (11,4 Mb/j) et l’Arabie saoudite (10,7 Mb/j)[1].

(…)

Ces évolutions ont des conséquences sur la politique étrangère. La stratégie énergétique est inscrite dans la stratégie de sécurité nationale. Elle reprend les éléments du plan énergie que Donald Trump avait présentés dès mai 2016, en pleine campagne électorale, et qui comprenait trois piliers : baisse des coûts d’énergie pour les Américains, maximisation des ressources énergétiques américaines et « domination énergétique ». Dans la doctrine Trump, ce n’est plus le changement climatique qui est considéré comme une menace pour les intérêts américains, mais la politique climatique : cette position s’est traduite par la sortie, dès juin 2017, de l’Accord de Paris sur le climat.

[1] International Energy Agency, World Energy Outlook 2018.

 

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A lire aussi: j’ai également rédigé le chapitre « America First, une politique étrangère populiste », dans le nouveau volume L’enjeu mondial. Populismes au pouvoir qui vient de paraître aux Presses de Sciences Po.