Donald Trump est-il plus fou que ne le suppose la théorie du fou? Je reviens dans mon dernier article sur ce que nous dit la séquence des derniers jours et semaines, autour de cette question rhétorique (mais pas que).
Trump est devenu le plus va-t-en-guerre de sa propre administration. Il a dynamité les processus et agences de politique étrangère et s’est entouré de courtisans qui n’osent guère le contredire. Sa requête budgétaire pour le Pentagone – plus 40 %, au détriment notamment des programmes sociaux dont bénéficient ses propres électeurs et électrices – confirme la dérive et constitue un élément de plus qui pourrait pulvériser la coalition victorieuse de 2024.
Trump n’a jamais servi sous les drapeaux. Il a passé sa vie à construire des simulacres de puissance : gratte-ciel, casinos, téléréalité, etc. L’armée américaine est peut-être la seule puissance réelle qu’il a jamais manœuvrée, et la tentation de la déployer comme il brandissait les menaces juridiques et ses armées d’avocats semble désormais plus forte que tout.
Comment rendre compte des menaces apocalyptiques de Trump sur l’Iran, de ses revirements et de sa prétention continue à la réussite de ses « plans » ? La « théorie du fou » est souvent invoquée à son propos. Discutée pour la première fois sous Richard Nixon, président des États-Unis entre 1969 et 1974, elle consiste à faire croire à l’adversaire que le président est imprévisible, voire irrationnel, pour obtenir des concessions qu’une négociation classique n’aurait pas permises.
Peut-on rationaliser a posteriori les attaques sur l’Iran, notamment en invoquant cette théorie du fou ? On peut en douter. D’abord parce que la clé de la théorie, c’est précisément que le leader ne soit pas réellement fou, qu’il y ait une fin derrière le moyen, une stratégie derrière la tactique – ce qui n’est guère évident à ce stade. Ensuite parce qu’elle était dirigée contre les adversaires des États-Unis, là où Trump l’applique uniformément, après avoir déclaré qu’il n’y avait ni ennemis ni amis permanents.
Toute forme de rationalisation a posteriori est risquée avec Trump.

