Aux États-Unis, le dossier Israël-Palestine est celui qui unit le plus les républicains, et qui fracture le plus les démocrates, dont les divisions annoncées éclatent désormais au grand jour. Altercations entre élu·es du Congrès, accusations sur les réseaux sociaux, manifestations et mobilisation propalestiniennes historiques, dissensions au cœur de la diplomatie américaine, et recrudescence des incidents antisémites et islamophobes. Comme en Europe, le conflit a des répercussions profondes outre-Atlantique, sur fond d’équation géopolitique complexe au Moyen-Orient et dans le monde.

Dans ma dernière chronique Mediapart, j’essaie de répondre à deux questions: qui influence qui, entre Israël et les Etats-Unis, l’influence des Etats-Unis sur la politique israélienne étant généralement très surestimée. Et surtout: à quel moment la divergence d’intérêts et les risques pour Biden et son parti de l’importation du conflit peuvent-ils changer la donne politique à Washington?

Revoir l’émission A l’air libre du 7 novembre « Gaza l’impossible désescalade » en accès libre ici sur Youtube.

Illustration Simon Toupet / Mediapart

Le président Biden est personnellement investi et n’a cessé de réitérer le soutien américain à Israël. Le cercle étroit de conseillers impliqués, au plus haut niveau de l’administration américaine, suit l’évolution des « éléments de langage » présidentiels, reprenant l’appel à une « pause humanitaire » mais toujours pas à un cessez-le-feu.

Un mois après les attaques terroristes du Hamas et dix jours après le début de l’offensive terrestre israélienne à Gaza, on voit pour l’instant une Maison-Blanche résignée à sa faible influence sur Israël dans la conduite de la guerre, et qui reste concentrée sur ses propres priorités stratégiques dans la région : œuvrer à la désescalade pour prévenir une extension régionale du conflit ; protéger le dispositif américain au Moyen-Orient, qui compte encore plus de 40 000 hommes stationnés dans onze pays ; et éviter à tout prix un affrontement direct avec l’Iran – Biden a fait parvenir un message à Khamenei, occurrence rare.

Les diplomates américains s’activent sur tous les fronts régionaux, le secrétaire d’État Antony Blinken en est à son troisième voyage dans la région et Biden vient d’y envoyer le directeur de la CIA, William Burns. À Washington, l’un des jeunes sénateurs les plus proches de Biden, Chris Murphy, appelait ce week-end la Maison-Blanche à mettre davantage de pression publique sur Israël, évoquant un « niveau inacceptable » des morts civils à Gaza.

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