Politique étrangère américaine: la fin du consensus et du siècle américain?

J’avais écrit en 2014 un article qui posait la question d’une rupture à venir dans la politique étrangère américaine – question encore plus d’actualité aujourd’hui. Il peut alimenter la réflexion actuelle sur la politique étrangère à attendre du président Trump (en attendant un article là-dessus – j’y travaille –> c’est ici).

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L’article complet a été publié en 2015 dans la revue universitaire d’études américaines RFEA, à lire ici (me demander pour ceux qui n’ont pas l’accès Cairn). J’avais auparavant publié sur ce blog une ébauche présentée lors d’un colloque en mai 2014 : « L’impossible consensus sur le rôle international des Etats-Unis : la fin du siècle américain ? » (1ère et 2ème partie). En voici donc un extrait qui éclaire aussi le phénomène Trump (sauf qu’en 2014 j’imaginais Rand Paul…) :

Il existe un changement notable depuis quelques années, qui se manifeste dans le décalage croissant entre ces élites intellectuelles, qui sont aussi à la fois inspiration, source et soutien du modèle américain de politique étrangère (interventionnisme actif « gendarme du monde » ou « nation indispensable »), et une opinion américaine de plus en plus réticente et sceptique face au rôle international du pays. Ce décalage entre la population et les élites est particulièrement flagrant comme le montrent les dernières études du Pew Research Center sur l’évolution des attitudes des Américains à l’international. On y constate, de manière inédite depuis plus d’un demi-siècle, une érosion de certains des fondements du modèle, en l’occurrence le consensus national qui l’a soutenu aux États-Unis. Cette érosion est liée à l’évolution du système international et à la lecture qu’en font à la fois les Américains et le reste du monde.

Les deux décennies post-guerre froide ont laissé une impression amère aux Américains, en montrant les limites des interventions de type humanitaire (années 1990) ou visant à promouvoir la démocratie par les armes (années 2000) : comme l’écrit Pierre Hassner, les Américains ont appris une leçon que les Européens avaient comprise depuis longtemps.

Cette prise de conscience des limites de la puissance américaine est accentuée par la diminution de leur puissance économique relative et par l’augmentation de la dette américaine. Elle provoque un sentiment de déclin relatif, face à l’émergence sur la scène internationale de nouvelles puissances, dont certaines contestent le statu quo existant – c’est-à-dire l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale.

Le soutien de l’opinion et surtout celui du Congrès au rôle international des États-Unis sont l’un des fondements du modèle. Or justement l’une des caractéristiques de ce consensus pendant et après la guerre froide était le fait que l’opposition entre internationalistes et isolationnistes ne recoupait pas la division partisane entre républicains et démocrates.

Mais si le rôle international américain devenait un affrontement opposant les deux partis, on aurait alors une véritable rupture, pouvant mener à la fin du modèle.

Les États-Unis sont-ils en train de devenir une puissance comme une autre ? La question s’impose étant donné le lien entre la politique  d’activisme à l’international et la vision que l’Amérique a d’elle-même. Mais ce modèle peut-il survivre sans l’exceptionnalisme sur lequel il repose ? L’interrogation n’est pas nouvelle et Kissinger l’évoquait déjà en 1969, disant que les États-Unis « devenaient une puissance comme les autres ».

Plus récemment, Obama a contesté l’idée même de l’exceptionnalisme américain – et a heurté un tabou comme en témoigne la violence des réactions de tous bords à cette déclaration, qu’il n’a pas rééditée et sur laquelle il a plutôt cherché à revenir par la suite. On pense aussi dans une moindre mesure au tollé suscité par l’expression du leadership en retrait (leading from behind), notion trop étrangère à l’ADN américain et à un certain sens de l’identité américaine, du moins parmi les élites : une étude à ce sujet du Chicago Council on Global Affairs montre que l’opinion américaine n’a rien trouvé à redire au « leadership en retrait » en Libye, au contraire.

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