Rand Paul, le GOP et la politique étrangère américaine

Rand Paul, le GOP et la politique étrangère des républicains : trois sujets intimement liés – l’avenir de chacun dépendant de l’évolution des autres. Il s’agit de politique intérieure avant tout, mais avec un impact potentiel sur la politique étrangère américaine. En attendant de trouver un peu plus de temps pour développer, voici un aperçu de plusieurs évolutions et événements significatifs survenus récemment.

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Traditionnellement la politique étrangère est le point fort des républicains, un thème qui a produit des « idoles » du GOP comme Eisenhower ou Reagan. Les républicains considèrent qu’ils sont le parti qui a gagné la Guerre froide et ont toujours attaqué les démocrates pour leur « faiblesse » supposée sur la politique étrangère. A ce titre, Obama a été jusque récemment une relative exception car il avait en 2012 un bon bilan en la matière, grâce à l’opération contre Ben Laden, l’intervention en Libye, et d’autres initiatives qui n’avaient pas encore dégénéré.

A l’inverse, la violence et l’enthousiasme des attaques actuelles du GOP contre Obama montrent à quel point l’Ukraine est une aubaine pour les républicains qui retrouvent leur angle d’attaque favori en accusant Obama de faiblesse : l’analyse dominante est que Poutine a annexé la Crimée parce qu’Obama n’a pas respecté ses propres lignes rouges en Syrie. C’est une critique dangereuse pour les démocrates, et une vulnérabilité potentielle dont ils sont conscients, pour preuve Hillary Clinton qui n’a de cesse de se distancer d’Obama sur ce sujet.

Pour autant, le problème actuel des républicains avec la politique étrangère c’est que leurs candidats potentiels pour 2016 sont plutôt faibles en la matière. Aujourd’hui, seul le sénateur de Floride Marco Rubio semble faire un effort pour développer ses connaissances et voyager à l’étranger. Les autres prétendants, de Ted Cruz à Scott Walter ou Paul Ryan ont bâti leur réputation sur la politique intérieure.

iraq_victory_banner_pdMais la quête des conseillers sur le marché des think tanks à Washington a commencé. Or que constate-t-on ? A l’exception de Rand Paul et de son cercle « libertarien », tous les autres prétendants potentiels font appel à des conseillers répondant aux normes « classiques » du GOP avec l’accent sur une armée forte et la volonté d’utiliser la force militaire à l’étranger. Et on a pu remarquer la tonalité très néoconservatrice des discours récents de politique étrangère de la part de Ted Cruz, Marco Rubio, ou encore plus récemment Eric Cantor – l’homme qui pourrait succéder à Boehner au poste de Speaker de la Chambre.

Or la convention annuelle du CPAC, qui rassemble une frange de la base républicaine, a montré ce qui excite les plus conservateurs du parti : Rand Paul reste le plus populaire auprès de la base. Marco Rubio, qui avait connu la gloire lors d’un précédent opus, est lui en chute libre cette année en raison de ses positions favorables à un assouplissement de la loi sur l’immigration. C’est une question essentielle pour le GOP, car l’analyse de la défaite de 2012 a montré le rôle du vote latino, qui va très majoritairement aux démocrates. Mais le parti est extrêmement divisé et la base refuse tout compromis.

Pour revenir à Rand Paul, il a clairement en ce moment la faveur des médias américains – qui comme tous les médias aiment les outsiders. Mais le phénomène n’est pas que médiatique, car aucun candidat ne semble pour l’instant s’imposer et l’émiettement du vote aux primaires fait craindre à certains que les libertariens ne s’emparent du parti républicain – d’où les spéculations frénétiques sur une candidature de Jeb Bush, frère et fils de, et ex-gouverneur de Floride.

De son côté, Rand Paul croit à son avenir présidentiel et y travaille consciencieusement, avec la mise en place d’un réseau plus centriste que son père et présent dans tous les Etats – ce que Ron Paul n’avait jamais réussi à faire.

Pour autant, il faut relativiser : les Etats-Unis sont coutumiers de ces accès de « libertarisme » –flambées d’hostilité profonde à l’Etat, qui font partie de l’ADN américain et se manifestent périodiquement. Mais ces poussées de fièvre n’ont jamais porté un candidat du mouvement à la Maison Blanche.

Si l’on regarde et interroge à Washington sur les rapports de force au sein du parti républicain sur la politique étrangère , on est finalement toujours à 20% isolationnistes et fans de Rand Paul, contre 80% favorables à un rôle international fort des Etats-Unis. Mais « les 20% font 80% du bruit » (à noter que ce débat agite aussi les démocrates).

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En attendant 2016, on pourra observer les élections de mi-mandat au Congrès de novembre prochain (renouvellement de la Chambre et d’un tiers du Sénat), les midterms :les républicains pourraient en effet reprendre la majorité du Sénat (et donc dominer le Congrès puisqu’ils devraient conserver leur majorité à la Chambre). Le pronostic est encore incertain, mais certains signes semblent indiquer que le GOP est décidé à ne pas renouveler les fiascos de 2012 et 2010, quand des sièges « faciles » avaient été perdus aux démocrates en raison de candidats Tea Party qui s’étaient imposés aux primaires républicaines avant de perdre l’élection générale (au niveau de l’Etat pour le Sénat) en raison de leurs positions trop extrêmes.

Plusieurs signes qui ne trompent pas :

–        Manœuvres en coulisses (backroom talks) pour évincer en amont des candidats trop extrémistes,

–        SuperPACS qui favorisent cette fois des candidats plus centristes, comme American Crossroads,

–        Evolution emblématique du think tank AEI qui symbolise la contre-attaque de l’establishment contre Tea Party.

Ces éléments rappellent l’importance des primaires, qui se déroulent en ce moment, dans le système politique américain. Il faudra suivre à ce sujet le nouveau projet de la Brookings sur l’étude des primaires. Il faut également lire cet article sur un phénomène impensable ailleurs (lié aussi à la déréglementation du financement électoral suite à plusieurs décisions récentes de la Cour Suprême américaine) : le casting de candidats républicains organisé en mars dernier par le riche donateur Sheldon Adelson, la « primaire Sheldon » – et l’une des raisons de la crise de confiance des Américains vis-à-vis de leurs institutions politiques.

Enfin pour aller plus loin, cet article étudie l’impact qu’aurait un Congrès républicain sur la politique des deux dernières années de présidence Obama.

Une réflexion sur “Rand Paul, le GOP et la politique étrangère américaine

  1. Pingback: L’exceptionnalisme comme politique étrangère et comme identité américaine – continuités et rupture de l’après-Guerre froide | Froggy Bottom

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