Troisième volet de ma série sur l’infrastructure médiatique de propagande trumpiste, après la fabrication et la consolidation, l’exportation. La transformation de l’espace informationnel a provoqué un pourrissement du débat public, et la réalité même fait aujourd’hui l’objet d’une guerre civile informationnelle permanente aux Etats-Unis.

Ce modèle s’exporte activement, grâce à des liens institutionnalisés entre centres de réflexion des deux côtés de l’Atlantique, au coeur desquels le dispositif d’influence hongroise joue un rôle essentiel de relai en Europe. Ce « soft power » MAGA s’exerce grâce à la complicité active de relais dans les pays européens. Ils partagent des éléments de langage et s’amplifient mutuellement via les plateformes. C’est l’objet de mon dernier article.

Illustration Simon Toupet Mediapart / avec AFP

Pour certains partis d’extrême droite européens, comme en Allemagne ou en France, les menaces d’annexion du Groenland ont exposé les limites de l’adhésion au trumpisme. Jordan Bardella, le président du Rassemblement national (RN), en a même appelé à l’Union européenne (UE) face aux prétentions de Donald Trump : « L’UE n’a pas le droit de se taire », a-t-il déclaré, condamnant même une « logique de vassalisation » à l’œuvre.

Mais en Europe centrale, les mêmes partis dits « patriotes », en Pologne et Hongrie notamment, n’ont rien trouvé à redire. Côté roumain, George Simion, candidat malheureux à la présidentielle, soutenu par le camp Maga (« Make America Great Again »), se trouvait même à Washington avec des élu·es républicain·es en train de découper un gâteau en forme de Groenland couvert du drapeau américain. Des complicités similaires ont été observées en Amérique latine après l’enlèvement du président vénézuélien à Caracas, le 3 janvier, applaudi par les droites radicales au Chili et en Argentine. 

La solidarité avec l’administration Trump de nombreuses forces politiques à travers le monde ne tombe pas du ciel. De la même manière que la Maison-Blanche est devenue un centre autonome de production de propagande, ses réseaux promeuvent son projet politique et exportent ses savoir-faire à l’extérieur des États-Unis.

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