Les évolutions politiques outre-Atlantique nous tendent un miroir – et réciproquement. L’électorat non diplômé, hors des grandes villes, y a été perdu par la gauche. Tandis que la droite a assis son hégémonie culturelle avec l’aide de médias complaisants sinon totalement acquis.

Analyse de l’américanisation de la politique française

© Photomontage Mediapart

Le Rassemblement national est donc arrivé en tête dans la majorité des circonscriptions lors du premier tour des élections législatives. Si la France avait un scrutin à l’américaine, majoritaire à un tour, il aurait la majorité absolue. 

Ce n’est pas le cas, et l’avenir n’est pas écrit, mais les comparaisons avec les États-Unis restent éclairantes. Sociologie électorale, poids des médias dominants, trahison des élites, stratégie Bannon : les évolutions politiques outre-Atlantique nous tendent un miroir – et réciproquement.

Recompositions électorales

Comme aux États-Unis en 2016 pour Donald Trump, le sursaut de mobilisation a bénéficié davantage au RN qu’à la gauche. L’ancrage sur tout le territoire français et le critère du diplôme sont deux autres marqueurs du vote RN du 30 juin qui évoquent le trumpisme. La défaite de Fabien Roussel dès le premier tour, les difficultés de François Ruffin en ballottage, en sont deux symboles.

Comme aux États-Unis, la gauche conforte ses bastions dans les grandes villes, et notamment à Paris, et dans les zones périurbaines où une majorité de la population est issue de l’immigration. Elle stagne ou recule en revanche auprès des ouvriers et des personnes les moins diplômées. Aux États-Unis, le Parti démocrate a perdu les classes populaires et est devenu le parti des urbains et des plus diplômés. 

Trump avait déjà élargi sa base électorale en 2020, une tendance qui semble se confirmer en 2024 : le Parti républicain est devenu le parti des personnes non diplômées, et la victoire de Trump en 2024 pourrait bien être due à sa progression dans cet électorat, blanc ou non, une évolution par rapport à 2016 où l’on parlait de son socle « blanc non diplômé ».

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