On entend souvent que les questions de diplomatie et de défense ne comptent guère pour l’électorat. Le 3 novembre aux États-Unis, elles ont pourtant pesé lourd dans la déroute des républicains aux élections de mi-mandat. Le reste du monde devra cependant patienter avant de voir une différence en la matière.

C’est l’objet de mon dernier article pour Mediapart.

Illustration Simon Toupet / Mediapart

Une élection historique

Un tsunami, un « massacre », un « bain de sang »… Les qualificatifs n’ont pas manqué pour souligner cette défaite républicaine historique, du Congrès aux postes de gouverneurs. Les démocrates reprennent la Chambre et le Sénat, avec une avance nationale estimée à treize points sur l’ensemble des votes pour la Chambre, du jamais vu depuis les élections de l’après-Watergate. C’est bien une répudiation claire de Trump et d’un parti républicain qui s’était soumis à son bon vouloir en tout, notamment au Congrès. Trump avait demandé aux électeurs de voter comme s’il était sur le bulletin, il l’a répété 47 fois cet automne. Ils l’ont pris au mot.

Les résultats, clairs dès la fermeture des bureaux, disent l’ampleur de la déroute républicaine et surtout du rejet de Trump. Le Texas a élu un sénateur et un gouverneur démocrates, une première depuis plus de trente ans. Le Kansas envoie un démocrate au Sénat pour la première fois depuis 1932. L’Iowa et l’Ohio ont basculé dès le début de soirée, les deux Carolines aussi. Au Mississippi, la sénatoriale est encore trop serrée à l’heure d’écrire ces lignes.

Les redécoupages voulus par Trump se sont retournés contre lui et son parti. Dans le sud du Texas, trois circonscriptions à majorité latino redessinées pour les républicains ont élu des démocrates. Dans tout le Sud, la manoeuvre, ajoutée à la décision Callais de la Cour suprême qui a démantelé une partie du Voting Rights Act, a conduit à une mobilisation historique des électeurs noirs.

La guerre se paie à la pompe

La politique étrangère a été au coeur de ce vote, d’abord par ses effets les plus directs, sur le portefeuille. L’essence n’a jamais été aussi chère un jour d’élection américaine. L’inflation était repartie à la hausse dès le « Liberation Day » d’avril 2025 marquant le début de la guerre commerciale et des droits de douane. La guerre contre l’Iran l’a amplifiée. L’escalade commerciale contre le Canada cet été a encore aggravé la situation dans certains Etats.

Plus d’un tiers des électeurs a cité la guerre en Iran parmi les trois premiers enjeux du pays, et près de deux sur trois d’entre eux ont voté démocrate. Beaucoup la tenaient pour responsable de la hausse des prix, de même que les « tarifs ». Or les droits de douane et la guerre contre l’Iran sont clairement des choix de Trump, dont il ne pouvait rejeter la faute sur Biden. Le lien entre ces décisions et le pouvoir d’achat des Américains leur était rappelé à chaque plein, à chaque passage au supermarché.

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