Je rassemble ici mes articles et entretiens autour de la guerre en Ukraine à ce jour: tribune, analyses de la politique américaine et du débat à Washington, conséquences géopolitiques, pour l’Europe et les relations transatlantiques.

Je tiens à saluer et remercier mon cher ami Patrick Miette, qui m’a permis de publier ses photos prises en mars 2022 en Ukraine, à Kiev, dans ses alentours et sur le front.

Photo Patrick Miette, Ukraine, mars 2022.

Sollicitée par Le Monde le jour de l’invasion russe, j’ai écrit cette tribune en réaction immédiate. J’avais également écrit quelques jours plus tôt cet article sur le débat aux Etats-Unis, en particulier chez les trumpistes américains poutinophiles. Je présente ici une vision d’ensemble de la politique de l’administration Biden face à l’invasion russe, en particulier l’aide sécuritaire, en rappelant aussi la politique américaine vis-à-vis de l’Ukraine depuis 2014 et sous Trump. Je reproduis ci-dessous ces différents éclairages, que j’ai synthétisés et mis à jour pour préparer mon audition par le Sénat le 6 avril.

J’avais aussi participé à l’une des émissions spéciales de Mediapart sur la guerre en Ukraine (vidéo) ainsi qu’à une émission de Cultures Monde (podcast). J’ai également donné un long entretien au quotidien belge Le Soir (PDF).

Photo Patrick Miette, Ukraine, mars 2022.

Guerre en Ukraine : « L’Europe n’a pas vécu situation plus dangereuse depuis des décennies »

Les bombardements russes sur l’Ukraine enterrent définitivement l’architecture de sécurité héritée de la guerre froide.Tribune publiée dans Le Monde du 28 février 2022.

L’invasion russe est d’abord un échec de la dissuasion par les sanctions. Rappelant dans différentes déclarations les principes de l’action américaine, le Président Joe Biden avait tracé une ligne rouge : pas d’intervention militaire directe. Il avait en même temps énoncé quatre priorités : choix de la diplomatie et des sanctions ; redéploiements de troupes américaines vers les territoires des États baltes, membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ; unité de la réponse « occidentale » ou de la communauté internationale (deux termes que Biden utilise de manière équivalente et qu’il conviendrait de préciser – nous parlons en Europe plutôt d’unité transatlantique) à travers de nouvelles sanctions visant à « punir et infliger de la douleur » au pouvoir russe ; volonté de limiter les conséquences négatives pour les entreprises et les consommateurs américains (en amont des élections au Congrès de novembre prochain).

Les choix américains ne devraient pas constituer une surprise. Joe Biden met en œuvre ce que trois présidents successifs n’ont cessé de marteler : les États-Unis ne sont plus les gendarmes du monde, l’Europe est un théâtre secondaire dans leurs priorités, les Européens doivent assumer davantage leur sécurité. Les réactions de l’opinion et des responsables politiques américains montrent l’absence de ralliement autour du Président et la force du sentiment anti-interventionniste ou isolationniste des Américains (même si les sondages montrent aussi que les Américains soutiennent à de larges majorités toutes les décisions prises par l’administration Biden concernant l’Ukraine). 

La vraie rupture côté américain se trouvait dans les propos de Donald Trump sur une OTAN déclarée « obsolète » et dont il avait été tout près de retirer les États-Unis en 2017. Poutine n’avait alors aucune raison d’interrompre son admirateur américain. Trump parti, le Président russe teste ce qui reste de cet héritage chez un Président affaibli de l’intérieur par les accusations d’illégitimité portées par son prédécesseur et devenues la position dominante du Parti républicain.

Le chef de l’État russe attise aussi les nouvelles divisions que Donald Trump et son « internationale antisystème populiste prorusse » ont amplifiées dans l’opinion, aux États-Unis et ailleurs. Joe Biden a rappelé que les États-Unis respecteraient leur engagement auprès de leurs alliés de l’OTAN : Vladimir Poutine ira-t-il jusqu’à tester cela ? L’Europe n’a pas vécu situation plus dangereuse depuis des décennies.

Les choix américains ont mis la balle dans le camp européen, confirmant à ce dernier que les États-Unis ne sont plus les gendarmes du monde, ni même de l’Europe, et que c’est le moment ou jamais de devenir un acteur géopolitique. Mais que peut un acteur qui ne veut pas se battre, dont les ambitions de défense ne se sont pas concrétisées depuis vingt ans, et qui n’est même pas sûr de ce qu’il veut bien encaisser sur le plan économique, en fonction de l’état des opinions publiques et de ses échéances électorales ?

À Munich, quelques jours à peine avant le début des bombardements russes sur les villes ukrainiennes, la communauté transatlantique se réunissait pour le grand raout de la Conférence sur la sécurité. Munich, le symbole était fort. Au milieu des célébrations de « l’unité » retrouvée, le Président ukrainien Volodymyr Zelensky rappelait amèrement la politique d’apaisement des leaders français et britannique vis-à-vis du nazisme, en 1938, et ses piètres résultats. Une semaine plus tard, l’invasion russe lui donnait raison. Elle montre aussi, pour les pays frontaliers de l’Ukraine et de la Russie, que l’OTAN est aujourd’hui tout sauf obsolète en l’absence de défense européenne crédible.

Les politiques, commentateurs et médias américains savent pointer les impératifs domestiques de Joe Biden, et sa conférence de presse du 22 février les illustrait à merveille. Tous oublient d’appliquer cela à Vladimir Poutine aussi. Or lui aussi s’adressait à sa population, préparée par sa réécriture de l’histoire, invoquant un imaginaire « génocide » en cours, tel l’ancien Président yougoslave Slobodan Milosevic qui, en 1989, prétextait lui aussi un risque de génocide à l’encontre de la population serbe. Mais la deuxième audience à laquelle Vladimir Poutine s’adressait était, bien sûr, l’opinion internationale : affaiblir la cohésion interne et la résolution des dirigeants européens est au cœur de la stratégie russe depuis longtemps et alimente la vision « antisystème » qui épouse souvent les arguments de Moscou. Les débats aux États-Unis comme en France, deux pays en campagne électorale, montrent que cela fonctionne à merveille. La priorité de Joe Biden est de maintenir un front « occidental » (en fait surtout transatlantique plus le Japon) uni, l’un des objectifs de Vladimir Poutine est de le désunir et de défaire l’Occident.

C’est aussi ce qui se joue en ce moment, sous le regard attentif de Pékin. Cet Occident invoqué par Joe Biden existe-t-il encore ? Et surtout, comment se définit-il, que défend-il, et à quel prix ? Les divisions internes et les visions contradictoires de ce qui définit et constitue l’Occident se concentraient jusqu’à présent sur des problématiques intérieures, nationales, mais leurs conséquences internationales éclatent au grand jour. Donald Trump, qui vient à nouveau de soutenir Vladimir Poutine, et le trumpisme, qui définit désormais le Parti républicain et pourrait revenir au pouvoir au Congrès dans quelques mois – et à la présidence dans trois ans -, défendent une vision alternative de l’Occident, que l’on retrouve également en Europe, parfois parmi ses instances dirigeantes.

Vue des Etats-Unis, cette guerre cristallise aussi cette nouvelle fracture déterminante en politique étrangère, que certains caractérisent comme opposant les globalistes aux nationalistes, mais qui éclaire aussi la valeur accordée à la coopération internationale et au respect des peuples.

Photo Patrick Miette, Ukraine mars 2022

La politique de l’administration Biden face à la guerre en Ukraine 

Face à l’invasion russe, l’administration Biden a confirmé les grandes lignes de sa politique étrangère: répondre aux crises par la voie diplomatique, économique et multilatérale plutôt que par l’usage de la force militaire, même si la dimension militaire est bien présente à travers l’aide apportée par les États-Unis à l’Ukraine. 

Mais le choc de réalité expose aussi la vacuité voire la collision de certains « slogans » démocrates : la « politique étrangère pour les classes moyennes » ne s’applique guère à l’Ukraine, le défi existentiel du changement climatique a été mis de côté, même la lutte des démocraties contre les autoritarismes semble mise à mal par de récentes initiatives diplomatiques vers l’Arabie saoudite ou le Venezuela pour atténuer la hausse des prix du pétrole. 

L’invasion russe a aussi confirmé le soutien américain à l’Ukraine, intensifié sous Biden depuis janvier 2021, et le choix d’isoler et punir la Russie puisque le sommet de Genève de juin 2021 a échoué à la stabilisation de la relation américano-russe voulue par Biden. Les choix américains depuis l’automne dernier et jusqu’à ces derniers jours confirment la grande prudence de Biden face au risque d’escalade : il n’est pas question pour Washington que l’invasion russe conduise à un affrontement entre les deux principales puissances nucléaires mondiales, illustration du principe dominant de cette administration, si ce n’est d’un nouveau consensus américain, la retenue stratégique (restraint). La politique ukrainienne de Washington est bien sur une étroite ligne de crête.

La doctrine Biden à l’épreuve de la guerre 

Le soir-même de l’invasion russe, Biden rappelait les lignes rouges américaines : pas d’implication directe de soldats américains en Ukraine, respect des engagements américains vis-à-vis des alliés de l’OTAN, importance de la réponse diplomatique collective à la Russie par le biais de sanctions réellement sans précédent. La diplomatie américaine s’est déployée en ce sens dès l’automne dernier, ce qui a permis l’unité de la réponse transatlantique (et au-delà avec le Japon, l’Australie, Singapour, la Corée du Sud), dont témoignent les paquets de sanctions successifs, unité rompue seulement par la décision américaine d’embargo sur le pétrole et certains produits énergétiques russes. 

Dans la crise en cours, l’administration Biden est cette fois restée fidèle à ses principes directeurs : choix de la diplomatie, niveau inédit de consultation avec les alliés et partenaires, défense de l’OTAN. Dès l’automne dernier, le Président Biden a pris trois décisions majeures sur la gestion de cette crise, deux innovations stratégiques et un classique : un partage du renseignement sans précédent avec les alliés (au niveau Five Eyes) ; une stratégie de communication offensive rendant publiques ces informations pour combattre les manipulations de Poutine ; une intensification des livraisons d’armes à l’Ukraine. Mais son administration n’a pas dévié non plus de ses propres lignes rouges : l’Ukraine n’étant ni un allié formel, ni un intérêt vital américain, il n’a jamais été question d’impliquer directement des soldats américains pour la défendre contre une invasion russe.

Jusqu’ici l’opinion américaine soutient les choix de Biden, avec 50 % d’approbation. Malgré certaines pressions (Congrès, Hollywood), il est également très largement soutenu sur le refus de l’implication directe par des zones d’exclusion aérienne (no-fly zone), que seuls 10 % des Américains souhaitent. Mais l’étude du Pew Research Center montre sans surprise une opinion qui reste très polarisée, avec 75 % des sympathisants démocrates qui approuvent, et 74 % des électeurs républicains qui désapprouvent ; comme toujours, la moyenne est peu significative.

Le soutien américain à l’Ukraine 

La politique d’assistance sécuritaire américaine à l’Ukraine a été renforcée depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, pendant le second mandat Obama, pour un total cumulé de près de 3 milliards de dollars. 

Pendant le mandat Trump, l’Ukraine est surtout apparue dans sa dimension de politique intérieure américaine : en septembre 2019, dans un échange téléphonique à l’origine de la première procédure de destitution contre Trump, le Président américain avait tenté d’obtenir de Volodymyr Zelensky des éléments contre son opposant démocrate en échange de 400 millions de dollars d’aide militaire (précisément, la livraison de Javelins réclamée par Zelensky). Quelques jours plus tard, la Chambre lançait sur cette base une procédure de destitution (Trump sera acquitté par le Sénat). Et Trump validait la première livraison de Javelins pour l’Ukraine, ce que Biden défendait mais n’avait pu obtenir sous Obama. 

Le 16 mars dernier, la Maison Blanche annonçait 800 millions de dollars d’aide supplémentaire, permettant le transfert direct de 800 Stingers, 2000 Javelins, ainsi que 6000 lance-roquettes AT4 – des systèmes d’armes précieux contre une armée russe très mécanisée, qui ont grandement aidé l’armée ukrainienne à résister durant les premières semaines de l’invasion, comme en témoignent les pertes russes. Devant le Congrès américain la semaine dernière, Zelensky a encouragé les élus américains à poursuivre cet effort en ajoutant à la longue liste ciblant les secteurs technologiques, financiers, énergétiques ainsi qu’un certain nombre d’individus. 

Un nouveau centre en politique étrangère ?

Le trumpisme a redéfini le parti républicain et en particulier son attitude vis-à-vis de la Russie de Poutine. Si la guerre a provoqué quelques ajustements, elle n’empêche pas Tucker Carlson, Marjorie Taylor Greene et bien sûr Donald Trump, ainsi que d’autres élus républicains de reprendre sans vergogne la propagande russe et critiquer Biden bien plus que Poutine. Les méthodes et arguments des nationalistes américains ont de nombreux points communs avec la propagande poutinienne, et un objectif commun de brouiller les esprits. De nombreux éléments rappellent le contexte et les guerres de l’information qui avaient caractérisé les guerres de la désintégration yougoslave pendant les années 1990, en particulier la guerre en Bosnie. 

Mais la guerre a aussi redonné de la voix à un centre qui semblait en voie de disparition. Côté démocrate, de nombreux élus ont ravalé leurs demandes de baisse du budget du Pentagone et de transition énergétique. Côté républicain, certains redécouvrent la valeur des alliances et des alliés. L’admiration et l’empathie vis-à-vis de la résistance ukrainienne galvanisée par le Président Zelensky jouent un rôle important, aidée par la couverture médiatique américaine très importante de ce conflit en Europe.

Ce retour du centre ne doit pourtant pas faire illusion : la polarisation, y compris de la politique étrangère, est un phénomène structurel, et la guerre en Ukraine vient nourrir et préciser le débat sur le rôle des États-Unis dans le monde également pour les Américains. Il conforte des évolutions, déjà appelées par Obama, confirmées par Trump, sur la nécessité pour les Européens de prendre davantage en charge leur sécurité. Aux deux extrêmes de ces arguments, on peut citer d’un côté Stephen Wertheim, pour qui les Européens ont largement les moyens d’assurer leur propre défense quand ils sont les premiers concernés ; de l’autre, Elbridge Colby, pour qui la priorité américaine est Taïwan et la Chine, non l’Ukraine et la Russie. 

La guerre en Ukraine, en s’installant dans la durée, va continuer d’amplifier le débat ouvert à Washington par la présidence Trump, confirmant certaines tendances récentes de la politique étrangère américaine en général et de la relation transatlantique en particulier.

Photo Patrick Miette, Ukraine, mars 2022.

Les nationalistes américains confirment leur affection pour Poutine

Le débat sur l’Ukraine aux États-Unis confirme et illustre l’évolution profonde des positionnements américains sur la politique étrangère, aussi bien dans l’opinion qu’au sein de la classe politique, dans les deux partis. Il traduit l’aboutissement de redéfinitions et convergences précipitées par Trump.

Tucker Carlson était ces dernières semaines la star de la télévision d’État russe, comme il domine l’audience américaine avec son talk-show quotidien sur Fox News, le plus suivi du pays depuis plusieurs années. Il faut noter également qu’il reprend souvent, comme d’autres animateurs de Fox, les éléments de propagande russe (sur la dénazification ou les armes chimiques), qui sont ensuite repris par la télévision russe. 

Or Carlson est devenu sous Trump le principal guide idéologique du nouveau parti républicain, toujours divisé sur la politique étrangère. Alors que la redéfinition du rapport au monde était au coeur de la révolution Trump en politique étrangère, le rejet des néoconservateurs et de leurs héritiers interventionnistes n’est pas encore acquis, comme le montrait une récente tribune au sujet de l’Ukraine des trois principaux porte-parole d’un des mouvements ascendants qui entend redéfinir le parti républicain, le national-conservatisme. Le prétexte de l’article est la situation en Ukraine et son objectif de profiter de la « crise » pour purger définitivement les néoconservateurs du parti républicain. Dans ce mouvement lancé par Yoram Hazony en 2019 pour redéfinir la ligne idéologique du parti républicain en intellectualisant le trumpisme, la politique étrangère était déjà le sujet le plus controversé. Deux autres groupes de cette même mouvance ultra-nationaliste du parti républicain ont organisé une “réunion d’urgence” la semaine dernière à Washington sur la Russie et la guerre en Ukraine, dont ils craignent qu’elle ne provoque un retour en grâce des néoconservateurs, terme qui recouvre aujourd’hui pour l’aile nationaliste tous les interventionnistes militaires républicains.

Des anciens de l’administration Trump (Michael Anton et Nadia Shadlow du NSC, Kiron Skinner du Policy Planning) rappelaient que Trump avait permis de commencer la transformation d’une politique étrangère américaine « prisonnière » de cadres de pensée périmée et d’alliances obsolètes, l’OTAN au premier chef. 

Crise ukrainienne : la politique étrangère s’invite dans les primaires

Comme en France, la politique étrangère s’est invitée dans la campagne électorale en cours aux États-Unis (les élections de mi-mandat au Congrès ont lieu dans 7 mois). Les débats éclairent à la fois le retard pris par l’administration Biden sur les sanctions vis-à-vis de la Russie (dans l’attente d’une loi que le Congrès n’est pas parvenu à voter, ce qui aurait pourtant renforcé la position de Biden), les divisions au sein des deux partis, et la nature du débat actuel aux États-Unis. À noter que la redéfinition progressiste des positionnements démocrates a porté davantage sur les questions intérieures, même si elle s’est aussi emparée de la politique étrangère.

Côté républicain, le débat est beaucoup plus avancé. Dans les primaires, les candidats trumpistes accusent Biden de se soucier davantage des frontières européennes qu’américaines. S’il est devenu plus compliqué de soutenir ouvertement Moscou depuis le début de l’invasion russe (ce que Tucker Carlson ou Trump n’hésitaient pas à faire), la mouvance nationaliste défend une position de neutralité à la hongroise. Les trumpistes se sont d’ailleurs réjouis de la réélection de Viktor Orban, dont le modèle de démocratie illibérale autoritaire les séduit. 

Cette position est majoritaire auprès de la base républicaine, la plus trumpiste et la plus active dans les primaires, qui rejette « l’interventionnisme libéral » considéré comme le « consensus des élites », qui a conduit à toutes les erreurs stratégiques récentes, notamment en Afghanistan, dont le retrait désastreux en août dernier est encore dans toutes les mémoires (et les clips de campagne).

Elle découle de la présidence Trump même si d’autres évolutions éclairent ce positionnement, comme l’affection pour la Russie au nom de valeurs traditionnelles chrétiennes communes, tendance plus ancienne au parti républicain. Ses arguments s’appuient toujours sur les deux mêmes présupposés : Biden et les démocrates mentent forcément, tandis que Poutine dit toujours la vérité ; cette vision embrasse donc les arguments russes. 

Au Congrès, les positionnements républicains reflètent l’horizon électoral des élus, répétant une dynamique déjà connue pendant toute la présidence Trump : les sénateurs non soumis à réélection en novembre prochain (le Sénat est renouvelé par tiers tous les six ans, tandis que le mandat de la Chambre dure deux ans) ou les élus dont la retraite a été annoncée défendent l’Ukraine sans ambiguïté. La majorité des autres – et en particulier les élus à la Chambre – sont sur la ligne Carlson Fox News, le positionnement dominant côté républicain étant bien résumé par Paul Gosar, ainsi que par de nombreux autres élus républicains.

Le sénateur républicain du Missouri, Josh Hawley, s’est fendu d’une lettre à Blinken et Austin exigeant un abandon clair par l’administration Biden de l’élargissement de l’OTAN. Expliquant que « le monde de 2008 n’existe plus« , il y affirme que les États-Unis « ne peuvent plus porter la lourde charge qu’ils avaient assumée dans le passé dans des théâtres secondaires comme l’Europe« , et exige des Européens qu’ils prennent en charge leur défense en commençant par augmenter leurs dépenses militaires largement au-delà de l’exigence des 2 % du PIB, considérée également comme « obsolète » dans le nouveau contexte international.

Mardi 5 avril, le Congrès votait sur une résolution de soutien à l’OTAN: la résolution (non contraignante, exprimant simplement l’opinion de la Chambre) a été approuvée par 362 élus sur 435, soit une majorité claire. Mais 63 élus républicains, soit près du tiers du groupe républicain à la Chambre, ont voté contre (tous les démocrates et indépendants ont voté pour): ces 63 républicains, tous parmi les plus fervents défenseurs de Trump au Congrès, représentent l’aile MAGA-trumpiste du parti républicain, dont le poids pourrait augmenter lors des prochaines élections au Congrès en novembre 2022.

Pour terminer sur une note d’espoir, d’admiration et de soutien à l’Ukraine, aux Ukrainiennes et aux Ukrainiens:

Photo Patrick Miette, Ukraine, mars 2022.
Photo Patrick Miette, Ukraine, mars 2022.
Photo Patrick Miette, Ukraine, mars 2022.