L’administration Trump a publié, au soir du vendredi 23 janvier, sa nouvelle « stratégie de défense nationale ». Dans une temporalité qui est loin d’être anodine, à l’issue d’une semaine marquée par la plus grave crise transatlantique depuis la création de l’Otan en 1949. Le document se montre beaucoup plus hostile vis-à-vis des alliés que des adversaires des États-Unis, et exprime la vision du monde trumpiste, dans laquelle il n’existe ni alliés ni ennemis permanents, et où seule compte la loi du plus fort.
Le renoncement à l’ordre international fondé sur des règles, qualifié dès la deuxième phrase de l’introduction de Pete Hegseth d’« abstraction chimérique », est officiellement acté. Le document déclare fièrement : « Nous en avons fini avec l’idéalisme utopique ; place au réalisme pur et dur. »
La version non classifiée du document compte 34 pages, dont 25 de texte, écrites sur un ton politique inédit pour une stratégie militaire. Un avant-goût avait été donné avec la stratégie de sécurité nationale publiée début décembre 2025. La stratégie est trumpiste jusque dans sa présentation, qui fait la part belle aux dorures et aux photos du président, mentionné 52 fois, alors que ce genre de document a d’ordinaire des allures bien plus austères.
Le document critique copieusement les alliés de Washington et les précédentes administrations états-uniennes, mais pas leurs adversaires. Le ton adopté vis-à-vis de la Chine est celui qui contraste le plus fort avec les stratégies récentes du même type, y compris celle publiée lors du premier mandat de Trump. La Russie y est considérée comme « gérable » par les États européens et ne menaçant pas les intérêts des États-Unis.

