Si l’Ukraine et ses soutiens européens ont pu retravailler le plan de paix très défavorable qui leur a été soumis par Washington, c’est grâce à la fracture à la tête des États-Unis, où s’affrontent deux visions (au moins!) de ce que veut dire « America First ». C’est l’objet de ma dernière chronique.

La séquence diplomatique des dix derniers jours, particulièrement brouillonne, semble avoir remis Marco Rubio, chef de la diplomatie états-unienne, au centre des tractations sur une paix en Ukraine, à la grande satisfaction de Kyiv et des responsables européens. Elle a souligné la rivalité entre celui qui était une figure du Parti républicain bien avant son inféodation à Donald Trump, et le vice-président, J. D. Vance, idéologue en chef du mouvement Maga (« Make America Great Again »).

Marco Rubio et J. D. Vance.  © Illustration Simon Toupet / Mediapart avec AFP

Il ne s’agit pas que d’une rivalité personnelle, mais bien de divergences portant sur le sens donné au slogan « America First », avec l’élection présidentielle de 2028 et l’héritage du trumpisme en ligne de mire. La fracture la plus profonde porte justement sur la politique étrangère, un sujet sur lequel Donald Trump n’a aucune doctrine, sinon celle d’être guidé par son expérience de businessman : faire des deals, être du côté du plus fort, en tirer un bénéfice pour le pays – et pour son clan. 

Cette fracture porte en particulier sur la place de l’Europe, sur le statut de la relation transatlantique et sur la vision de la Russie. On voit se dessiner deux camps. D’un côté celui de Vance, tenant d’un véritable retrait des États-Unis ; de l’autre celui de Marco Rubio, qui propose une politique étrangère nationaliste distincte de celle des précédentes administrations, sans être un isolationnisme pur et dur.

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